30 septembre 2016

Prendre la bonne décision


Valable dans les quotidiens de chacun, cette petite phrase aux apparences anodines l'est nettement moins à bord d'un bateau en voyage en période cyclonique. 

Comme l'année dernière où nous avions opté pour Trinidad et Tobago, cet été encore nous avons décidé de nous éloigner de la zone géographique définie comme ''à risques''. Cette région évolue d'un site à l'autre,  d'un contrat d'assurance à l'autre...
Préférant se fier plus aux faits qu'aux théories, nous avons choisi cette année de passer le pic de la période à Curaçao. 
Si l'on étudie l'historique des trajectoires de cyclones, aucun n'a jamais touché cette île. De plus, on en a déjà parlé, le lagon intérieur de Spanish Water est un abri idéal,  si toutefois... 

Et, il a suffi que Ti'Amaraa soit sur zone pour que le ''toutefois'' fasse des siennes. 
Dans le dernier article le 20 septembre, alors que nous étions prêts à lever l'ancre vers la Colombie, on émettait déjà des réserves quant à une perturbation atlantique et un coup de vent prévu vers le 29/30 septembre. 
Nous étions à 10 jours de l'éventuel coup dur. Il y avait toutes les chances que ce soit une fausse alerte. 
Deux jours plus tard, patatras ! Les modèles de prévisions météorologiques dessinent une énorme dépression enroulée de type cyclone avec une trajectoire droit sur nous à 8 jours.
On a beau se dire que c'est trop tôt pour se prononcer, que c'est certainement pessimiste, qu'il reste du temps et que pleins d'autres hypothèses d'évolutions sont possibles, il n'empêche que nos esprits focalisent sur les plus de 70 nds (près de 140 km/h) de vent annoncés sur Curaçao.
- C'est PAS PO.SSI.BLE !!!! Y a jamais eu de cyclone ici !!!
Sans vouloir jouer les Calimero, on se dit quand même qu'on n'a pas de bol pour le coup.
Les prévisions de pressions atmosphériques descendent en emportant notre moral. 
Que faire ?
On ne peut être mieux qu'à Spanish Water pour accueillir une vilaine bestiole.
Oui mais, s'il y a vraiment le vent annoncé voire plus, rien ne tient bien nulle part lorsque ces forces sont en jeu. Par le passé,  il y a malheureusement des antécédents de tempêtes prévues transformées en vilains cyclones en quelques heures. 

Deux options s'offrent à nous: 
- Rester et se préparer à gérer ces 24 à 48 heures de pluies diluviennes et de fort vent. 
- Déguerpir vers la marina colombienne où une place nous attend. 

Un nouveau conseil d'administration extraordinaire du bord est organisé.
Si on zappe vers la Colombie,  on oublie les mouillages intermédiaires et le tourisme. On trace direct et on sera à quai avant le dit passage.
Sauf qu'il y a ce week-end là plus de 25 nds de vent sur le Cabo Vela et de la houle. Pas idéal du tout... 
Aussi , partir au large dans cette région déjà atypique point de vue navigation avec un hypothétique cyclone sur les talons ne nous enchante guère.
La problématique du jour:
Entre la peste et le choléra ?
La conclusion du jour:
Attendre et si sous deux jours la configuration à plus de 60 nds sur Curaçao est maintenue, on s'en va. Tant pis pour les conditions de navigation au Cap. Quite à être secoués,  autant avancer. 

Jour après jour,  nous téléchargerons les fameux fichiers gribs, suivrons les prévisions et surtout les extrapolations de trajectoires. 
L' intermède ''WiFi à terre/météo '' est devenu rituel. On y croise nos voisins eux aussi le nez dans leurs smartphones à déchiffrer des barbules colorées. 
Les trajectoires évoluent doucement dans le bon sens pour nous en s'écartant vers le nord.
Décision est donc prise à l'unanimité (même Léon),  on reste à Curaçao. Ça ne va peut-être pas être une partie de plaisir mais c'est ce qu'il nous semble le plus sage.
Est-ce la bonne décision ?
L' avenir nous le dira. Nous l'avons prise ensemble, nous gèrerons ensemble. 



Lundi 26, soit à 72h de son arrivée sur l'arc antillais, les modèles font encore frôler les moustaches de la dépression de notre position. Plus de 40 nds en rafales sont annoncés.

video


Nous avons déjà vécu plus de 50 au mouillage plusieurs fois.  On sait qu'on tiendra même si ça ne va pas être drôle. 
Ce n'est que mardi 27 que les trajectoires prévisionnelles nous redonnent le moral.  La DT97, c'est son nom 97ème Dépression Tropicale,  incurverait nord. Plus elle monte, plus elle s'éloigne et plus la bordure est gérable. Nous n'aurions plus qu'une trentaine de noeuds et un peu moins de pluie.
Nous voilà rassurés bien que hyper vigilants pour les jours à venir avec ces phénomènes tout peut changer très vite. 



Ti'Amaraa est préparé en conséquence. Les vélos retrouvent leurs housses et leur cale. Tout est rangé,  ficelé.  Les toiles de soleil remplacées par le tour de cockpit. On rajoute quelques dizaines de mètres de chaîne.
Le plein du groupe électrogène est fait. (on devrait pas trop voir le soleil pendant au moins 3 jours) 
Tous les voisins se préparent . Les bateaux sont à bonne distance.
Les niveaux de préparation reflètent l'ambiance du bord. Certains dégréent leurs voiles (tout de même !), d'autres en revanche, en mode no stress, laissent toutes leurs toiles de soleil en place (tout de même !).
Le champion du voisin qui te fout le bourdon alors que tu es serein: celui qui dégrée Grande Voile et lazy bag, qui ficèle son bateau comme de la rosette, qui grée sa voile de tempête, qui sort le moteur de son annexe, qui double sa pâte d'oie et on en passe....
Heuuuu...On a vu la même météo ?



Mercredi 28, les courbes de vent nous annoncent des rafales ne dépassant plus les 25 nds sur Curaçao . HIHAAAAA.  Mais la bête rode toujours au large avec des prévisions à plus de 100 nds !!! La pluie arriverait en fin de nuit, à priori moins intense que prévue mais pour plusieurs jours car des foyers orageux s'étendent sur plus de 1000 km à l'arrière de la dépression.
Au matin, la DT97 est passée nord Barbade avec des vents d'une quarantaine de noeuds. À midi, le centre est passé sur la pointe sud de Sainte Lucie. C'est bon pour nous !



La grande famille de la mer se serre les coudes. Chacun transmet ses ''paramètres''.
En Gwada, ils sont prêts. Ça barde déjà en Martinique. Il pleut à Grenade mais ils gèrent.  À Tobago, ça balance aussi. Aux Saintes, la mer est forte. Les amis aux USA et en métropole s'inquiètent pour nous.  
Heureux d'être de la génération des navigateurs connectés dans ce genre de cas. Merci à vous tous.
Tout porte à croire que nous avons pris la bonne décision et que l'on devrait échapper aux plus violents sévices de la bête, qui, c'est officiel, est à présent une tempête prénommée Matthew. 
Ti'Amaraa est prêt à entrer dans la danse et nous aussi. 
Mercredi soir, nous y voilà. Il fait presque 38 degrés. Il y a très peu de vent et l'on s'oriente doucement au nord avec la brise. Ce soir, le coucher de soleil ne s'invitera pas dans le cockpit. Nous allons faire un 360 autour de notre ancre les jours à venir. Ça démarre en douceur, le premier temps de la valse selon Monsieur Brel certainement. 
Allez Matthew, envoies la musique !!!



Jeudi 29 :
La Martinique vient de passer une nuit arrosée et ventée (jusqu'à 160 km/h). Une grande partie de l'arc antillais a été impacté par les effets de vent, de houle et les pluies diluviennes. Des creux de plus six mètres sont enregistrés dans les canaux. Gloupsss... Contents d'être loin. La tempête avance doucement vers l'ouest.  
Nous nous réveillons sur un lac. Depuis la veille au soir,  nous n'avons plus de vent. Tout est aspiré au nord par l'ogre.  La configuration type lagon de Spanish Water nous évite aussi tous les effets de houle du large. S'en est presque beau malgré la grisaille, les grains qui rincent notre pont périodiquement et les dix degrés perdus au matin.  Ouchhhh il ne fait QUE 28!!! Ça caille :-)
Vite un thé, un t-shirt, un short à manches longues !
Zut! Où a-t'on bien pu ranger le poêle à bois pour la soirée châtaignes ?





Ti'Amaraa et ses compagnons d'escale continuent leurs chorégraphies orchestrées autour de leurs ancres. Lorsqu'au bénéficie d'une éclaircie, nous descendons nous connecter, nous chargeons les dernières prévisions de trajectoires car nous savons que Matthew n'en a pas fini avec nous. Nous attendons encore beaucoup de pluie au moins jusqu'à samedi accompagnée d'une reprise du vent (maxi 25 nds). On ne peut pas rester à zéro noeuds indéfiniment. Quoique... on s'y habitue plutôt bien?!
La tempête devrait passer à environ 300 km au droit de notre position en soirée ou en cours nuit. 
On apprend aussi que le père Matthew va en profiter pour passer du stade de tempête à celui de cyclone catégorie 1 puis catégorie 2 dimanche. Il devrait alors être loin. Tant mieux pour nous ! Dur pour les Grandes Antilles, les Bahamas et peut-être la côte américaine. L' affaire n'est pas finie.



Ainsi s'égrainent les heures de la journée sur notre lac impassible . Le coucher de soleil est face à nos étraves à présent. Le ciel est affreusement beau. Il est scindé en deux mondes. Sur bâbord,  il est dégagé parsemé de quelques moutons blanc. Sur tribord, on discerne clairement la bordure d'une énorme masse nuageuse grisâtre. À la nuit tombée, cet Himalaya laiteux est rendu encore plus effrayant par les flashs lointains de foudre qui illuminent l'horizon d'encre.



Le deuxième temps de la valse est passé en grand confort.
Restons prudents.



Vendredi 30:
Nous avons eu beau veiller aux grains.
Rien ! Pas une goutte d'eau de toute la nuit !
Un léger souffle d'air de sud et un rayon de soleil nous accompagnent au petit déjeuner. 
Matthew est passé en grande discrétion et l'on ne s'en plaint pas. 
Ti'Amaraa finit docilement son 360. Le régime normal de l' alizé d'Est se rétablit. 
Aurons nous finalement un peu de pluies les jours à venir ?
Peu importe. 
Ça,  c'est fait 
Merci Curaçao d'offrir gratuitement un tel abri aux navigateurs. La tentation pourrait être grande d'installer des bouées. 
Chapeau ! Encore un bel espace de liberté croisé sur notre route. 

À prèsent,  nous allons pouvoir reprendre le cours de notre programme. Enfin presque, juste le temps de laisser la colère de la mer des Caraïbes se calmer.
Une houle résiduelle contraire à notre route de presque 6 mètres agite le Cabo de la Vela ! OK, on va attendre. 



Nous en sommes restés à la valse à trois temps au mouillage, pas envie de connaître celle à mille temps en navigation même si nous avons hâte de décoller à présent. 



Merci les fichiers gribs, les modèles météo, les applications ainsi que les sites et pages Facebook spécialisés dans les prévisions cycloniques. Prendre une décision lorsque l'on est armés, c'est tout de même mieux.
Les données que l'on peut télécharger sont certes de plus en plus fiables et précises. Depuis plus de deux ans à présent, nous avons appris qu'il faut être prudents et ne pas laisser de place à la panique lorsque les prévisions sont à plus de 6 jours. Cependant, la tendance à 10 jours est un élément capital pour ne pas commettre d'erreurs. 
La peur est mauvaise conseillère. Le sens marin doit l'emporter.

Notre règle:
Être au bon moment au bon endroit.
Pour le moment, ça ne nous réussit pas trop mal. Pourvu que ça dure...

20 septembre 2016

Demandez le programme

Quelle va être la route de Ti'Amaraa dans quelques jours ?


Pour une fois, nous avons décidé de parler de la navigation avant de l'avoir réalisée et de vous faire un débrief une fois arrivés. 
Aurons nous pris les bonnes options ?
Y a t'il un gap entre la littérature et le réel ?
Cette région est-elle si spéciale qu'on le dit ?

Ces miles mythiques à venir revêtent une certaine importance à nos yeux.

Tout d'abord géographiquement.
27 mois que nous voguons d'îles en îles. Depuis juin 2014 et notre départ de Rabat, nous n'avons plus touché de côtes continentales. C'est d'autant plus crucial que ce sera une première sur le continent sudaméricain. 
Paradoxalement, pendant nos années terriennes de voyageurs by plane, nous avons délaissé la partie sud de ce continent. Étrange... 
La culture, l'histoire, la langue, la gastronomie nous attirent pourtant. 
C'est donc avec Ti'Amaraa que nous allons inaugurer ''la zone'' en faisant escales en côtes colombiennes. 


D'un point de vue nautique, il s'agit aussi d'un point angulaire de la route des alizés. 
Certains appellent même le coin : Le Cap Horn de la Caraïbe. 
Engageant comme sobriquet,  vous ne trouvez pas ?
En pratique,  beaucoup de bateaux sont passés avant nous sans encombre, et même dans l'autre sens.
Bien qu'étant dans le sens du vent et normalement de la mer, d'après nos lectures, il y aurait des règles à respecter. Faute de quoi, le mauvais quart d'heure est assuré. 
Nous avons donc dessiné notre cyber-chemin et défini les heures de départ pour être aux meilleurs moments de la journée dans les fameux recoins tordus.



À présent que la saison des orages se calme sur la Colombie,  nous commençons à regarder sérieusement les prévisions météo en quête de la bonne période. 
Idéalement, il nous faut du vent, sans trop, peu de houle résiduelle en mer des Caraïbes et une période assez sèche. La pluie peut compliquer la fin de la route. 

Notre route se décompose en 3 étapes:

1- Le Cabo de Vela :
Après la Punta Gallinas, le point le plus septentrional d'Amérique du Sud, se présentera à nous ce fameux Cap tant craint.
C'est ici qu'en 1499, Alfonso de Ojeda, compagnon de Christophe Colomb, accompagné du cartographe espagnol Juan de la Costa, du navigateur florentin Amérigo Vespucci et de Alberto Da Silva en cuisine (non, on déconne...:-)))) , foula pour la première fois le sol des Amériques. 
Comme nous !!! Si Alfonso et ses potes l'ont fait...alors, on devrait y arriver.


Le Cap de la voile en traduction littérale, il ne peut être que fait pour nous et notre catamaran. 

Juste pour l'histoire: ce serait grâce au prénom de baptême du comparse italien l'on aurait choisi le nom du continent. 
On vous voit relire plus haut pour le chercher ;-)
Et oui, Amérigo.
Allez, fin de la parenthèse Histoire/Géo.

Pour affronter ses courants et sa houle, il y aurait deux règles. Les guides anglophones recommanderaient de passer au plus près des côtes pour avoir le moins d'effets contraires. En revanche, en version française, il est plutôt question de contourner vers le nord puis de passer le cap au large par le nord-ouest. 
Qui suivre ?
On va se le jouer à la rugbymen toulousains, on fonce tête la première dans la mêlée.
Nous ferons donc une route directe de Curaçao. Environ 200 nm nous attendent pour cette première étape.  En partant au petit matin de Westpunt,  nous pointerons nos coques aux portes du Cabo de Vela le lendemain matin. Il nous semble plus sage de négocier cette partie de jour et aussi d'avoir toute la journée devant nous pour pouvoir adapter notre route si nécessaire. 
Le mouillage est possible à l'abri du Cap. Nous passerons donc notre première nuit sudaméricaine près des plages du petit village, éponyme du cap, de 1500 habitants réputé pour être le plus populaire de la région Guajira.
Aurons nous envie de descendre à terre après 36 heures de navigation ?

2- Vers Santa Marta:
La région est reconnue pour son vent rafaleux pouvant être particulièrement fort. En effet, nous serons dans l'unique coin de la Caraïbe où l'on peut naviguer sous 30 degrés celsius en admirant les sommets recouverts de neiges éternelles de la Sierra Nevada, la plus haute région montagneuse de la Colombie. Les pics Simon Bolivar et Christophe Colomb, tout proche, culminent à plus de 5 800 mètres.


Waouuuuu la neige !!!
Depuis combien de temps ne l'avons nous pas vue ?
Le panorama doit être saisissant vu d'en bas.
On comprend bien l'effet que la combinaison altitude/froid/côtes/eau chaude peut provoquer sur les conditions de navigation.
Quel sera notre ressenti au réel ?
L' émerveillement l'emportera t'il sur l'adrénaline ?

Nous pensons faire des pauses dans les mouillages protégés des célèbres cinq baies du Parc National Tayrona, du nom de cette civilisation parmi les plus avancée de la préhistoire amérindienne installée dans cette région.


L' arrêt vaut le détour, paraît-il. Il est donné pour être le plus bel endroit de la côte atlantique. En plongeant dans l'océan,  la Sierra Nevada a formé des sortes de longues criques au relief accidenté et aux particularités écologiques singulières, baignées de courants marins glacials.
Pour les ploufs, on verra... Enfin, pour la Cap', c'est tout vu.
Quant à Santa Marta,  le vent y serait rafaleux, le mouillage restreint et la marina chère.
La ville est toutefois belle et accueillante.
Soit nous trouverons un trou de souris pour planter notre ancre le temps de se reposer un peu,
Soit nous tracerons vers le port suivant Puerto Velero où une place et nos interlocuteurs pour les formalités nous attendent.
On découvrira Santa Marta par la route plus tard. Il est certes possible de faire ses clearances ici. Cependant, si l'on est au mouillage il faut mandater un agent, qui facturerait sa prestation plus de 100€ tout de même. Les marinas ont les autorisations pour jouer le rôle d'agents et la facture serait moins salée. Nous avons prévu de gérer l'ensemble à notre arrivée à Puerto Velero.

3- Barranquilla :
Avant d'arriver au port, une dernière épreuve nous attend. À Bocas de Ceniza se jette dans la mer le plus long fleuve de Colombie, le Rio Grande de la Magdalena.
1 558 km parcourus tout de même !


Certaines tribus indiennes l'appellent Guacacallo: la Rivière des tombes. 
Gloupsss...
Elle est toutefois surnommée ''la ligne de vie de la Colombie '' du fait de son parcours à travers le pays créant une voie de transport maritime unique à l'époque. Sa vallée est le siège d'une forte activité économique aujourd'hui. 
On préfère ce surnom. Allez savoir pourquoi.

Surtout si des pluies ont eu lieu dans les terres, le débit déjà fort engendre à l'embouchure des conditions rock'n roll. 


Si ce n'était que les remous, on pourrait presque trouver cela anodin compte tenu de la largeur à traverser. Le danger est ailleurs. Il est dans les troncs d'arbres et autres résidus que Miss Magdalena charrie jusqu'à la mer. Une fois de plus d'après nos lectures, on navigue sur une eau turbide aux teintes boueuses. D'où l'importance de passer l'embouchure de jour et de redoubler de vigilance pour éviter d'endommager un safran ou une hélice.
La généreuse Magdalena dépose aussi plus deux millions de m3 de sédiments par an dans son estuaire.  Autant dire que le chemin est mal pavé. Les bancs de sable ne sont bien sûr pas cartographiés.
Ce serait trop simple.
Barranquilla est un important port industriel. Nous allons donc aussi croisé un fort trafic entrant/sortant. 
Ce sera tout ?
Nous avons donc opté, comme beaucoup pour un départ de l'escale précédente de nuit afin d'arriver aux aurores dans la gueule de la louve. À priori Magda, la sauvageonne, ne serait pas du matin. Et nous, nous aurons plus qu'à ouvrir grand les yeux et zigzaguer parmi tous ces éléments. 

Chemin faisant,  Ti'Amaraa et son équipage arriveront ainsi dans leur marina pour plusieurs semaines de repos bien mérité. Notre dernière halte à quai date de janvier dernier à Pointe à Pitre.
Neuf mois de mouillages, neuf mois de sel, sable et poussières accumulés sur notre cata malgré notre entretien régulier.
Ti'Amaraa, tiens toi près pour une bonne douche.
Mr Karcher est demandé sur le pont.

Vous savez, à présent, où nous trouver dans quelques jours.
Rdv de l'autre côté pour la réponse à toutes ces questions en suspend.
Mais pour le moment,  on va rester bien à l'abri dans le lagon de Spanish Water car une dépression est annoncée par chez nous dans quelques jours.
On va surveiller ça de près.

Jolies couleurs


Les toilettes, on en parle aussi sur Ti'Amaraa

Forts d'une utilisation journalière depuis plus deux ans de cet équipement fort pratique au demeurant, nous venons vous faire un bilan sur son utilisation et surtout sa maintenance préventive.



Si nous avions eu ces informations avant de partir, cela nous aurait  évité quelques déboires !
Pour ceux qui suivent régulièrement le blog, ils connaissent déjà l'histoire survenue en transat !!
Pour les petits nouveaux, l' histoire de M.... est à la fin de l'article suivant :
Cliquez
ou
http://tiamaraa.blogspot.com/2014/12/le-off-de-la-transat.html?m=1

Patauger dans des eaux douteuses en mode urgences, on a déjà donné. Si on peut s'en passer, et vous l'éviter.

Équipement:
Toilettes électriques à eau de mer Référence: Quiet flush Jabsco

Les règles de bases :
1 - Mettre EXCLUSIVEMENT du papier toilette dans les toilettes! Ben oui, ça peut sembler évidemment mais nous avons eu trouvé des kleenex, du sopalin, du coton, divers papiers... Bref...
Le broyeur n'aime pas, mais alors pas du tout !

2 - Rincer... Bon sang! Rin-Cer !
C'est LE secret.
Au tout début, nous ne rincions pas assez.
Une petite pression sur l'inter...
Et hop!
Comme par miracle, le fruit de notre digestion disparaissait en quelques secondes.
Ni vu, ni connu.
Sauf que la potion sournoise n'en était pas pour autant évacuée. Restant bien cachée dans le tuyau, elle en profitait pour lier une alliance diabolique avec l'eau de mer et créer ainsi un matériau à faire pâlir un maçon, bien plus résistant que le béton.
Testé pour vous ;-)

Il faut donc évaluer approximativement le volume du tuyau d'évacuation et effectuer un rinçage au moins du double de ce volume à chaque utilisation.
Dans le cas d'un Lagoon 39 (toilettes propriétaire), nous avons calculé les volumes exacts de tuyaux et le total s'élève à 3 litres.
Nous partons du principe que cela équivaut à deux cuvettes pleines (et même pour un petit pipi...)
Une fois cette consigne respectée, plus de béton dans le tuyau !
Re - Testé pour vous ;-)

3 - Ne pas mettre n'importe quel produits d'entretien :
Éviter les produits chimiques trop corrosifs.
Cela nous a coûté un corps de pompe... car ça attaque le ressort du presse étoupe.

4 - Réaliser la maintenance ci-dessous au moins une fois par an.

Depuis que nous respectons ces règles, nous n'avons plus jamais été emm...ennuyés ;-)

Avant toutes choses, rincez longuement tout le circuit à l'eau douce et terminez avec un peu d'eau de javel diluée.
Il est tout de même nettement plus agréable d'avoir l'impression d'intervenir dans un local piscine que dans une fosse septique.
Ensuite, on va démonter pour vérifier l'absence de dépôt à l'intérieur du tuyau d'évacuation et aussi nettoyer l'ensemble dont le clapet anti-retour.
En général, après un an, il n'est pas rare de trouver un léger dépôt dans les coudes et clapets. Afin de bien nettoyer avant remontage, nous appliquons et laissons agir de l'eau de javel. Sur un faible résidu, cela fonctionne très bien.

Voici la procédure de démontage en images:

1 - sortir la cuvette du socle


2 - désaccoupler le corps de pompe du siège de cuvette


3 - dévisser le broyeur à l'aide d'une clé à cliquet ou à pipe et d'un gros tournevis pour bloquer l'axe de la pompe


4 - retirer délicatement le couteau du broyeur



5 - démonter la volute de la pompe en dévissant la vis de blocage


6 - graisser à la graisse silicone le corps de pompe afin qu'il coulisse parfaitement dans le siège de la cuvette.


7 - graisser à la graisse Belleville graphitée (résistante à l'eau de mer) le presse étoupe et à la graisse silicone le joint torique

Avant 


Après 

8 - graisser à la graisse silicone le joint du siège de la cuvette


9 - remonter le tout

Et ainsi, comme disait PPD,  vous pouvez reprendre une vie normale...
...  et le cours de votre digestion.
C'est reparti pour un an de bon et loyaux services tant appréciés.

11 septembre 2016

Curaçao, tout un Monde

Malgré sa liqueur internationalement distribuée, Curaçao est restée une île mystérieuse.
Que se cache t'il derrière ce nom ?
Ses charmes, sa culture, son histoire et ses atouts sont  méconnus.



Commençons par son premier atout: sa situation géographique.
En effet,  du fait de son positionnement, Curaçao n'a jamais (!) été touché par un cyclone. Son climat est chaud et sec. En bientôt un mois sur place, nous avons dénombré à peine une ou deux averses. Comme à Bonaire, c'est la Hollande où il fait toujours beau.
Nul besoin de se soucier des prévisions gribs, le vent sera constant autour de 15 / 20 noeuds. l'ensoleillement sera largement assez généreux pour gaver nos batteries dès midi.
Les dépressions tropicales atlantiques se formeront, tourneront, évolueront... au loin.
Nautiquement parlant, ces escales vénézuéliennes et néerlandaises auront été notre meilleure saison cyclonique depuis notre départ. 

La baie de Spanish Water est peu peuplée. La vie y est d'un calme incroyable. Malgré les maisons de vacances,  les hôtels,  les bars, les restaurants et les marinas, il n'y a pas de nuisances sonores. 



À peine, le dimanche, sommes nous dérangés par le passage de bateaux ou de jet skis. Quoique le verbe le plus approprié serait ''amuser''. Il y en a pour tous les goûts sur le plan d'eau.
- Des cigarettes aux moteurs survitaminés consommant en carburant notre budget annuel en une seule balade (oui, mais quels engins !!! Et quel ronron !!!), 
- Des petits embarcations de pêche dans lesquelles le grand-père local à embarquer famille et trois tonnes de vivres pour la journée,
- Des papas (qui ont dû se faire porter pâle pour la partie de pêche de papy) qui régatent entre copains sur des jolis petits voiliers de brise,
Le tout dans un respect réciproque et une courtoisie qui font plaisir à voir et à vivre. 

Bien sûr,  qui dit éternel été, dit touristes.
In fine, nous en verrons assez peu du fait de leurs concentrations dans des resorts aux devantures luxueuses barricadés comme Alcatraz.
Ont ils peur que des extérieurs entrent ou que leurs clients (et leurs portefeuilles) s'échappent ?
Chacun son plaisir et ses vacances...
Le seul bémol est que certains beaux coins de l'île sont totalement privatisés. Au mieux, un poste de garde attend le visiteur extérieur sur la route menant à la plage pour encaisser la redevance (de l'ordre de 5 euros par personne)  permettant juste d'accéder à la mer.
Nous sommes loin de la loi littoral française... 
Ceci dit, rassurez vous il y a une multitude d'autres jolis coins sur l'île, libres d'accès. Sans spa, soit... Mais gratuits.



Le charme de l'île opère dès que l'on se balade dans les petites villes de l'extrême nord-ouest et nord-est: Westpunt, Knip, Santa Martha. 
La route traverse des étendues semi-désertiques où la végétation n'est que cactées et arbustes de brousse. 



Les petites maisons colorées parsemées nous font l'effet d'être revenus en terre sud africaine dans les grandes réserves animalières. 



À défaut d'éléphants ou de girafes,  il faut tout de même prendre garde aux iguanes peu enclins au code de la route qui forcent la priorité à tout bout de chemin. Dans les airs, nous sommes accompagnés par de nombreux oiseaux dont les infatigables perroquets aux couleurs éclatantes et les aigles de Curaçao majestueux.
Lors de la pause déjeuner dans un petit restaurant en bord de route à Westpunt,  nous nous régalerons d'une viande en sauce ''maison'' bercés par les chants de centaines d'oiseaux multicolores. 



Derrière la palissade de façade, le joli mini jardin fleuri est une sorte de volière ombragée sans clôture où petits et grands viennent chercher un peu de fraîcheur et de quoi se sustenter. Le mot semble être bien passé car tous les oiseaux du coin sont, comme nous, au ravito.
En toute liberté, ils vont et viennent.  Des gris, des jaunes, des oranges, des noirs. Splendide !!!





Les plages aussi sont belles. Quelques rares complexes hôteliers subsistent dans cette zone sans pour autant que l'on ne ressente une ségrégation.
Il ne faut pas hésiter à pousser plus loin en voiture lorsque le goudron devient terre. De belles surprises attendent au bout du sentier.



Notre coup de coeur: Watamula avec sa falaise, ses trous de mers et son souffleur. 



Cherchez les petits cailloux peints en jaune et vous verrez...enfin, vous entendrez...



Le hasard de nos balades nous a aussi mené vers un lagon interne du même type que Spanish Water : Santa Marthabaai. 



Quel bel endroit encore sauvage et préservé du bétonnage et des parcs à dollars!
On aimerait venir y mouiller Ti'Amaraa.
Ce n'est pas possible. C'est un espace protégé... Comme vous avez raison ;-)

Willemstad, la capitale mérite aussi une belle journée à musarder dans ses ruelles piétonnes.
Un peu comme dans le reste de l'île,  il y a la Willemstad pour touristes et l'autre. 
Les paquebots de croisière font en effet escale dans la bourgade colorée pour quelques heures. Il est donc normal que l'économie se soit adaptée à grand renfort de boutiques duty free, de magasins aux marques connues et de boutiques à souvenirs kitschissimes hors de prix.
Une fois de plus,  nous ne boudons pas notre plaisir à nous mélanger dans ces quartiers, à la horde d'homosapiens bagués au nom de leurs hôtels ou paquebots, appareil photo enrubanné autour de leurs cous rougis.
À nous le top touroperator de Willemstad. 




Sans oublier de s'hydrater par cette chaleur. Sur ce point aussi les guides touristiques ont leur conseil: THE Gouverneur bière, breuvage qui serait brassé sur place et servi dans THE place to be, le bar-restaurant branché avec vue sur le pont tournant.




Une fois les clichés ''cartes postales '' cochés,  nous sommes partis nous perdre dans les anciens quartiers dits populaires à présent. 
Il se dégage du vieux quartier d'Otrabanda une atmosphère sereine et paisible, que nous apprécions. Nous sommes seuls dans les ruelles historiques à découvrir le passé de l'île. 
Tantôt abri pour pirates et flibustiers, tantôt plaque tournante du commerce négrier, tantôt unique île refuge pour les juifs persécutés exilés d'Europe et de Caraïbe, l'histoire de ce petit bout de terre disputé entre hollandais, espagnols, portugais et français fut riche.




Aujourd'hui, les petites échoppes alternent : fringues, électronique, restaurant, fruits, bric à brac, légumes, chaussures, smartphones.... On adore !
Nous y trouverons notre bonheur pour déjeuner, sous une tonnelle fleurie, d'une bonne parillada de viande pour 20 ANG soit 10€ pour deux !!!



À ce tarif là,  on n'a même pas une salade verte de l'autre côté de la ville. 
En revanche,  le service n'est pas très rapide. Ça tombe bien, on a tout notre temps. 
Pour patienter et accompagner l'apéro (qui durera...),  le patron d'origine espagnole nous offre des beignets de morue (du genre accras). Sympa !
Remarquez la classe ultime côté service: bière en seau de plage avec pelle rempli de glace, s'il vous plaît !



Et la liqueur dans tout ça ?
Qu'est ce qui fait la coloration ?
On vous laisse le soin de questionner le talentueux wiki et vous verrez que le secret tient plus du marketing que de l'alchimie. 
Peu importe... 
Contre toute attente, bien que fabriqué sur l'île,  le breuvage bleu est très peu consommé par ici.
Une fois de plus, ce n'est presque que dans les bars ''tendance la croisière s'amuse'' que l'on retrouve les cocktails aux nuances bleutés.
Les locaux sont quant à eux de grands amateurs de Whisky. D'après les guides touristiques,  Curaçao serait d'ailleurs en seconde position mondiale en terme de consommation par habitant. Qui l'aurait cru ?
Cela ne nous a pas empêché d'intégrer une petite bouteille bleue dans notre avito du bord.
À vos santés !



Alors, qu'est ce qui fait l'économie de Curaçao ?
Son statut de paradis fiscal ?
Peut-être 
Son activité pétrolière ?
Certainement
Voire même un peu des deux.
Suite à la découverte de pétrole sous le lac Maracaibo (Vénezuela) il y a quelques années,  des investisseurs venezuéliens ont mis en place sur l'île une raffinerie ainsi que la logistique associée.
Défigurant un peu un bout de l'île, l'usine est cependant une source de revenus et d'emploi appréciée.
Le gasoil est à 0,50€/litre tant aux pompes qu'au dock fuel de Spanish Water. Cool... Pour notre petit complément ;-)

Avec ou sans bateau, les îles hollandaises ABC...Aruba, Bonaire, Curaçao, s'offrent aux curieux égarés des sentiers battus.
L' eau y est d'un bleu rarement vu ailleurs dans la Caraïbe.
La culture locale savamment mixée entre créole, espagnol, hollandais, portugais, français... est, comme la langue le papiamento, unique en son genre.
Rassurez vous,  on échange en anglais et le dollar passe partout lorsqu'on n'a pas de monnaie locale en poche.



Le mélange des éthnies et religions font aussi la force et la particularité de cette population.
Les 5 branches des étoiles sur le pavillon de Curaçao en sont la représentation: les 5 continents, patrie mère des habitants d'aujourd'hui.
Tout un monde...



De nombreux vols directs d'Europe ou des USA desservent les aéroports internationaux des ABC (American Airlines, KLM, Air Berlin....).
Allez, un peu d'audace ! Venez voir !