17 juin 2018

On relève les copies dans 10 mn

Vous rappelez-vous des exercices de math du primaire qui ressemblaient à :

Sachant que le train Toulouse - Paris part à 11h24, qu'il roule à 110 km/h jusqu'à Bordeaux où il s'arrête 33 mn puis qu'il continue 200 km/h jusqu'à Paris, à quelle heure arrivera t'il à Montparnasse? 

Question bonus: le fameux âge du Capitaine? 


Pour rejoindre les Tuamotus depuis l'archipel des Gambier, nous avons ressorti crayons, gommes et ardoises. 

Commençons par poser l'énoncé. 

Sachant que Ti'Amaraa quitte Rikitea pour l'atoll d'Amanu distant d'environ 460 nm (un peu plus de 900 km) le 29 mai au matin, quel jour et à quelle heure sera t'il au mouillage? 

N'oublions pas que l'on saute un fuseau horaire en route. On passe à UTC - 10h (soit 12h de moins qu'en France). On retarde nos horloges d'une heure par rapport à l'heure locale des îles Gambier.

Vous êtes toujours là?? 

La question n'est pas si simple. Nous ne sommes plus dans la configuration de ces navigations de plusieurs jours et nuits où l'heure d'arrivée importe peu tant qu'il fait jour pour les manœuvres d'approche et de mouillage. 

Pour tous les atolls des Tuamotus, le Graal qu'est le mouillage paradisiaque dans un lagon cristallin ne se laisse pas atteindre si facilement. Le mot de passe s'appelle justement "passe" d'entrée dans le lagon. 

La Lune et la Terre dans leur danse secrète sont les seules à avoir la clé de la porte de la gare. De nouveaux  termes barbares à apprendre,  vive-eaux, mortes eaux, jusant ... Et sinon quelle est la différence entre Pleine Mer et Marée Haute? 

La nouvelle composante majeure de notre problème de CM2 est donc aussi la marée. Elle génère des effets de remplissage et de chasse d'eau du lagon créant des courants souvent forts dans l'entonnoir. Courants qui s'inversent toutes les 6 heures. 

Ti'Amaraa doit donc se présenter au bon moment au passage à niveau pour éviter d'avoir à tenter de remonter à contre courant un tapis roulant de gym en vitesse maximale. 

Reprenons :

- Départ le 29 mai à 8h00 du matin

- Distance à parcourir 460 nm

- Entrée en gare obligatoire entre 1h avant et 2h après la Pleine Mer

À vos tablettes...

Parceque bien sûr ça change tous les jours ce serait trop facile. Comble de la perversité du problème, il faut être certain d'avoir les bons horaires de marée. Sur ce point, il y a un grand flou pas artistique du tout !! Des amis se sont présentés devant la passe avec une heure de marée erronée et ont dû attendre plusieurs heures à l'extérieur avant que le courant contraire ne s' inverse. 

Ainsi d'après nos tablettes, si l'on se présente le 2 juin, ce doit entre 6h27 et 9h27.
Le 3 juin, l'accès au quai du train Ti'Amaraa ne peut se faire qu'entre 7h13 et 10h13.

Soyons précis! 

Bonne Nouvelle!!!  Dans notre monde, les grèves n'existent pas.

Vous suivez toujours? 

Au pire, si on vous a perdu, vous pourrez piocher dans l'article quelques numéros pour votre prochaine grille de loto.😁


Nous avons choisi un créneau météo calme avec 2 jours de vent arrière qui devrait tourner travers avant de finir par une bulle sans vent... Pas si mal pour doser notre heure d'arrivée avec l'aide de nos propulseurs carbonés.

Dernière donnée d'entrée, l'aire de repos pour se mettre en stand by si l'on arrive trop tôt. Nous en avons bien trouvé une au nom célèbre mais il semble que nous soyons personna non grata. Mururoa... Allez savoir pourquoi??


Les instructions shom en poche ou plutôt en disque dur (Merci Tonton Gérard), les tableaux de marées révisés, l'alignement des planètes calculé, il ne nous reste plus qu'à nous élancer vers la Porte aux merveilles.

Bon alors cher unique lecteur étant arrivé jusqu'à ces lignes sans mal de crâne, as tu trouvé notre ETA (Estimate Time of Arrival) ? 

Dans notre grande mansuétude, on vous fait grâce de la question Bonus.

Léon a 25 ans 😜


Le premier jour, l'envie de profiter des 15 noeuds de vent portant est trop forte.

Parasailor, au rapport.

La mer est belle. L'océan outre-mer nous invite à tracer notre nouveau sillon dans ce Pacifique sud paisible. L' équipage reprend immédiatement ses marques pour les quarts de veille. Le plaisir est d'autant plus important que plus les heures passent, plus on remonte vers l'Equateur et plus on tombe les pelures que nous avions rajoutées sur nos corps rafraîchis par les vents du grand Sud.

Le soir, le verdict tombe. À ce rythme, notre ETA à l'entrée de la passe serait au 2 juin vers 13h.

Perduuuuu

Essayes encore

La Micheline Ti'Amaraa est sur les rails. Jour après jour, au travers sous code zéro ou au près sous Génois, nous avançons...bien...trop bien. L'arrivée dans l'après-midi du 2 juin se précise. C'est pas bon du tout. Non seulement nous serons en courant sortant mais en plus il fait nuit vers 17h/17h30. Le moindre hic et l'on se retrouve à négocier notre première entrée d'atoll de nuit. Non merci.


Crayon, gomme, ardoise reprennent du service. 

Deux options s'offrent à nous ::

- soit on augmente la moyenne avec des forts appuis moteurs pour arriver le 2 au matin 

- soit on continue ainsi et on fera le bouchon à l'entrée de la passe toute la nuit

Les représentants syndicaux des moteurs de Ti'Amaraa s'opposent vertement à la première proposition. 

Halte aux conditions infernales de travail! 

Quant à la seconde option,le syndicat de l'équipage émet des réserves. 

Bref, c'est pas gagné.

Léon négocie avec chacun et propose un consensus. 

On baisse notre vitesse moyenne pour cibler la Pleine Mer du lendemain le 3 juin et arriver ainsi au petit matin. Une nuit de plus en mer. 

Conditions infernales de navigation ?
NON

Heures supp' de nuit ? 
OUI

C'est voté. Oufff... On était à deux doigts du brasero et des banderoles. 

On va donc jouer avec les voiles et un peu les moteurs pour arriver pile poil à l'heure. Mieux que la SNCF!! 

Touu Touu toudoudouu 🎵🎶🎵🎶🎵

Ainsi passent les jours et les nuits de veille très calmes.

Les prévisions gribs (fichiers météo reçus via l'Iridium) sont,  pour une fois depuis que nous sommes sur zone, assez justes. Nous avons même plus de vent que prévu 👍. 

Sur un moteur à 1500 tr/mn, nous entamons donc la dernière ligne droite de 80 nm dans la pétole (un peu plus de 150 km).

Formés par notre Transpacifique et ses grands calmes, nous nous surprenons à ne plus avoir le moral qui varie proportionnellement à notre vitesse.

Ainsi, le 3 au petit matin, alors qu'au wagon restaurant une bonne odeur de café et de pancakes chauds flotte dans les couloirs pour réveiller les derniers passagers en couchette, Ti'Amaraa arrive en douceur devant la barrière d'entrée.

La météo chef de gare a revêtu son plus bel uniforme. Mer d'huile, soleil généreux et un vent quasi inexistant. Notre catamaran glisse dans la passe. Il n'affronte qu'un petit courant contraire de 1 noeud. C'est gagné. La tension retombe d'un cran mais pas la concentration car il faut, à présent, se faufiler entre les patates de corail jusqu'à une jolie place pour poser notre ancre et nos cerveaux.

Les cloches de la petite église du village rompent le silence du lagon. Il est 8h00. Si c'est pas du timing. 😉

Vous les regarderez différemment les problèmes de maths à présent, non? 

Quant à la SNCF, nous allons vous faire une confidence.
Le vrai nom caché derrière ces 4 lettres est... 

Superbe Navigation à la Cool sans Forcer. 


PS: Entre cette première navigation et aujourd'hui où nous trouvons un accès à internet nous permettant de publier, nous avons pratiqué plusieurs passes de différents atolls des Tuamotus. En entrant, en sortant, avec vent, sans vent, les courants n'ont (presque) plus de secret pour nous. 😉
Tous ces calculs et ajustements de vitesse de vitesse sont largement récompensés par le cadeau que sont les mouillages des Tuamotus.

29 mai 2018

Les îles Gambier, des perles solitaires

Si vous cherchez des hôtels sur pilotis, des restaurants multiéthniques, des boutiques de souvenirs et un choix prolifique de cartes postales, ne venez pas aux îles Gambier.
Ici, il n'y a ni t-shirt, ni paréos à vendre. Quant à la carte postale, vous vivrez à l'intérieur.




La vie est douce à Mangareva si l'on est prêts à vivre au rythme des locaux si souriants et généreux. 
Les enfants et ados vont à l'école. Le lycée professionnel forme à différents métiers dont la gravure sur nacre. Des ''enfants'' de Mangareva ont même travaillé cette année sur la couronne de Miss Tahiti 😉.
Les adultes vaquent à leurs occupations professionnelles. 
Les fermes perlières disséminées dans le lagon sont l'une des sources majeure d'activité économique de l'île. 
Tout ce petit monde (environ 1000 personnes sur Mangareva) vit paisiblement sous le soleil polynésien.
Quelques pensions de famille sont à la disposition des vacanciers rebelles qui sortiraient des circuits standards grâce aux vols hebdomadaires d'Air Tahiti.

Venez voir!!! 

Les maisonnettes colorées et fleuries du village de Rikitea s'étirent le long du lagon turquoise comme pour rehausser de touches roses, jaunes ou violettes, le décor azur. 




La Nature se charge de parfaire l'harmonie des couleurs à grand renfort de vert chlorophyllé parsemé sur les hauteurs de l'île. 
Les sapins, les épineux (bois de fer), les arbres fruitiers (agrumes, mangues, goyave, avocats...) se partagent le terrain de jeu avec les cocotiers et bananiers tropicaux.
Les randonnées sont physiques mais de toute beauté.





L'ascension du mont Mokoto ou les 17 km de chemin traversier avec demi tour de l'île ont donné un peu de fil à retordre à nos jambes engourdies de leur mois de mer. Mais quelle vue sur Mangareva, son lagon, sa Nature !!! 



Nous nous sommes fait un shoot de chlorophylle après ces jours d'embruns. 

Les îles Gambier, ce n'est pas que Mangareva. Aukena ou Taravai, par exemple, beaucoup moins peuplées, ont aussi un charme troublant. Nous avons eu un gros coup de coeur pour la seconde. 






On pourrait rester des semaines dans ces mouillages entre snorkelling, balades dans la verdure et surtout échanges avec les résidents. 
Chaque rencontre est un moment simple sans artifice ni mise en scène. Du partage à l'état pur.
Nous sommes heureux d'être là et curieux de découvrir. Ils sont heureux de nous voir là et curieux de connaître notre histoire. Nous repartons souvent les bras chargés de fruits de leurs jardins. Offerts en toute générosité. 



Nos stocks de vitamines sont en niveau haut avec tous les pamplemousses, les bananes, les citrons dont nous nous régalons au quotidien. 

Une fois de plus un bout de nos coeurs restent dans cette escale et tout particulièrement sur l'île de Taravai. Habitants, panoramas tout est exceptionnel sur cette perle isolée dans l'archipel des Gambiers. Pas d'électricité, pas d'internet mais une chaleur humaine et des valeurs qui vous marquent pour toujours. 
Si vous passez par ici, arrêtez vous et venez découvrir les tableaux de sable Valérie de l'artiste locale: Valérie. Hervé, Valérie et leur fils Ariki résument à eux seuls toute la Polynésie que l'on aime.
Une belle famille. Une belle rencontre.
Un chouette dimanche Barbeuc' Beach volley
Nous avons aussi adoré vivre au rythme des locaux en faisant la queue à l'épicerie, à la Poste ou à la Mairie. 
Vous allez nous dire,
Tous ces kilomètres pour vous retrouverez devant une postière mal lunée et des clients impatients? 
Vous vous trompez de scénario et de décor. 
Tout se passe en douceur avec le sourire et dans un profond respect les uns des autres. Même nous ''popa'a=étrangers'', nous sommes immédiatement intégrés et brieffés aux modes de fonctionnement. Un vrai bonheur. 

Il est vrai cependant que cela fait un peu drôle de se retrouver face aux standards de métropole. Cependant, la Polynésie française c'est le Canada Dry de la France. Ça y ressemble mais ça ne l'est pas. 
Un pays d'outre mer et non un département, avec son drapeau, sa monnaie, son gouvernement et ses codes. 
Cela change beaucoup de choses.



Mais alors, il est où le bug? 
Y a t'il un revers à cette médaille? 
Beaucoup mettent en exergue le coût de la vie. Il est vrai que certains produits jugés comme n'étant pas de première nécessité sont très chers.
Prenez l'alcool par exemple : 9500 cfp (environ 90 euros) la bouteille de Pastis 51. Ça calme illico.
En revanche, on choisissant bien son panier, on arrive à limiter la casse. La noix d'entrecote ne coûte que 1400 cfp (environ 12 euros/kg),
La difficulté pour ces îles tient dans l'éloignement. Nous sommes à environ 2 000 km de Tahiti. Un bateau passe environ toutes les 3  semaines avec de l'approvisionnement pour les 4 supérettes. Pas simple pour la gestion des stocks. 

Grâce aux informations des navigateurs nous ayant précédé (Merci les Milo), nous avions anticipé et fait beaucoup d'appro à Panama. Avec l'aide de notre petit congélateur, nous tournons encore aujourd'hui sur nos réserves. 
C'est d'ailleurs un équipement dont nous venons de faire l'investissement en vue de ces 3 ans de Polynésie. Cette première escale nous conforte dans notre choix. Légumes, viandes...Tout est vendu congelé. Si l'on veut pouvoir vivre un peu en autonomie dans les lagons, il sera notre allié. 

Autre difficulté rencontrée, l'accès à Internet.
Déjà et surtout pour donner des nouvelles après cette longue navigation autrement que par notre "cher" Iridium. 
Rajoutez l'administratif qui rattrape tout le monde même en voyage (mails, banque, impôts...) et la météo marine qu'il faut suivre régulièrement. 
Et vous vous retrouvez à mettre le réveil à 6h du mat' pour espérer avoir un peu de réseau à la box mise à disposition au gymnase par la municipalité pour les résidents non équipés à titre personnel.
Assis sur un banc en bois attendant de longues minutes l'avancée des barres bleues de chargement. On n'a pas un métier facile. 
Le réseau 3g n'existe pas dans ces îles. Quant à la 4g, c'est de la science fiction. Ils n'ont que la solution via satellite. Vous imaginez le prix et le débit!!! 
C'est hyper sympa de laisser l'accès aux navigateurs de passage alors on essaye de se faire les plus petits possibles. On y fait le strict minimum et en dehors des heures d'affluence. Comme vous envoyez ces lignes... Vous nous excuserez donc pour le peu de photos et le niveau de compression. 
Il y a bien un deuxième spot dans un snack/épicerie mais c'est vite saturé aux heures de pointe et on n'aime pas trop déranger les patrons à 7h du mat' en s'incrustant pour pianoter. 
Enfin voilà, ça fait partie du folklore du voyage. On ne s'en plaint pas. En toute sincérité, ce n'est vraiment pas une souffrance de ne plus être connectés H24 voire même un réel plaisir. 

Pour finir, dernier mini hic pour nous pauvres tropicalisés: le climat. Nous avons changé d'hémisphère. L'hiver pointe le bout de son nez frais. Les journées sont encore belles. Air et mer flirtent avec les 28°. Mais depuis 3 semaines, nous avons pu contacter que les soirées commencent à être de plus en plus fraîches. On tombe sous les 23°. Vous vous rendez compte??? 
On a même ressorti une petite couverture polaire pour notre lit. Mais chuuut... 
Il fera à peine 15 dans quelques semaines. Il est temps de refaire route vers le chaud. Le voyage en Polynésie continue... On espère bien revenir passer plus de temps dans cet archipel incroyable au cours des 3 prochaines années. 
Pour l'heure, cap vers les îles de la Société avec Tahiti, Papeete pour commencer où nous devons être en place pour début juillet. La météo va dicter notre route et nos escales jusque là. Le stop aux Australes semble compromis. Tant pis, nous y reviendrons l'année prochaine. Les Tuamotus (Fakarava, Makemo, Amanu) en lot de consolation, il y a pire. Faites un Google images vous verrez où Ti'Amaraa va traîner ses coques les prochaines semaines. 
À très bientôt, 

20 mai 2018

Quelques heures sur le Pacifique

''Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour''
Genèse



Les pélicans plongent à l'attaque des poissons malchanceux. Les dauphins croisent notre route plus intéressés par leur menu de petit déjeuner que par nos étraves.
Nous sommes partis.
Nous sommes partis pour la plus longue des routes.
4000 nm près de 8000 km de désert bleu.




Les premiers jours se calent. Et nous aussi.
Le soleil nous accompagne pour ces premières journées. Tous les soirs, il flotte au dessus de l'horizon tel un spot aveuglant transformant le monde en un théâtre d'ombres.
Il prend tout son temps pour se coucher dans la paix dorée de nos premières soirées Pacific. Le tempo est donné .



L'océan est bleu cobalt. Le bon vent n'est pas au rdv mais c'est assez normal pour la zone. Nous avons prévu d'avoir un appoint moteur si nécessaire pour ces centaines de miles avant l'alizé. Il est le bienvenu par 0,1 nds de vent.

Nous croisons les derniers cargos chargés de murs de containers comme des briques d'acier multicolores. Ils filent vers la civilisation dont nous nous éloignons.
La sérénité règne à bord. On connaît notre bateau. On connaît notre équipage. Nous sommes en flottille de 4 bateaux. Bien loin de la philosophie du combat de coques, nous avons ouvert un nouveau chapitre de nos aventures communes sur l'eau. Nous sommes tous en confiance. On adore cette team.

Notre traversée sera en 3 actes.
- L'équateur entre excitation et interrogations
- Les chemins de travers au galop
- La dernière ligne pas droite

L'équateur entre excitation et interrogations

Canopus et Sirius, les 2 étoiles les plus brillantes du ciel à des années lumière à la ronde braquent leur projo sur nous. Désolés, on n'a pas trouvé moins étincelant :-) Le soleil dormait encore.
Nous sommes le vendredi 13 avril, il est 9h50 utc soit 4h du mat' en heure du bord. Ti'Amaraa franchit la ligne !! Équateur !!! Cette frontière virtuelle, limite entre les hémisphères nord et sud !!!
Nous décomptons ensemble les dernières secondes de latitude comme celles du temps chaque Saint Sylvestre.
5, 4, 3, 2, 1
00°00'000.
Tel le cri des commentateurs sportifs, sur Ti'Amaraa deux voix fendent la nuit ssssuuuuuuud !!!



Bon, on ne perd pas de vue qu'il n'est que 4h du mat, que l'on sort d'une nouvelle de nuit de veille et que l'on approche de l'archipel des Galápagos et de sa vie nautique active,  la cérémonie traditionnelle a donc été reportée de quelques heures. Nous avons envoyé un bristol par poisson volant à l'invité VIP.
 À l'heure prévue sous un soleil de plomb, le Roi des mers était à bord pour présider la cérémonie du « passage de la ligne » afin de nous délivrer l’autorisation de croiser l’Equateur, et de naviguer d’un hémisphère à l’autre avec bon vent et belle mer.
Bien sûr pour obtenir notre certificat, même dans les rites païens nautiques, il est question d'offrande pour le Roi. Nous lui avions préparé un breuvage qu'il ne pouvait qu'accepter. Il a adoré ;-)

Merci Les Marie Galante pour le cadeau 👍


L'équipage a préféré les bulles 🥂

Peut-être parce qu'il n'a pas reçu d'invitation, Éole quant à lui n'est pas d'humeur festive. Peu importe, nous avons prévu du gasoil et on s'oppose à la pétole grâce au ronron de notre moteur.
On sait que jusqu'aux Galápagos ce sera notre chemin de croix. Nous y sommes préparés.
Nous étions moins aux centaines de miles après ces îles sans vent, ciel plombé et courants contraires. Notre stock de gasoil diminue. Tant mieux on s'allège et on avance.
Oui mais ça va durer longtemps la plaisanterie ?
Et oh l'alizé, t'es où ?
Les prévisions ne nous donnent pas de vent avant 4°S.... On comprend mieux la définition du poteau noir. Faudrait pas que ça dure sinon on va finir par en broyer.

Les chemins de travers au galop:
On ne boude pas notre plaisir lorsque l'anemomètre sort de sa léthargie et nous propose des 15/20 noeuds voire près de 40 certains jours.
Cap sur les Îles Gambier.
Les jours et nuit de pur plaisir à la voile se succèdent. On emmagasine près de 180 nm par 24h. Nous vivons en osmose avec les éléments et notre bateau dans une explosion de sensations et de couleurs. Le temps donne l'impression de s'egrener plus vite comme si nous ne naviguions pas à travers les fuseaux horaires mais dans un fuseau parallèle, dans notre Ti'Amaraa-capsule au sein d'une nature purifiée, éternelle dans laquelle le ciel et la mer n'ont pas de frontières.
Les nuits, le large disque lunaire illumine les fragments de nuages filant dans le ciel. Le rythme des quarts est bien calé. Nous n'accumulons pas de fatigue. Vent et courants font voguer Ti'Amaraa à bonne allure vers les aubes naissantes.

 Certains jours les conditions sont assez musclées. Ça secoue à bord. Même par plus de 30 noeuds, de jour comme de nuit, les manœuvres de voile s'enchaînent sans accroc. Contents d'avoir ces milliers de miles dans les pattes à bord, et un bateau préparé et éprouvé.
Au 14ème jour, nous sommes à mi parcours. À ce rythme, nous arriverons largement en moins de 30 jours. L'ordinateur de bord nous n'en prévoit plus que 7.

La dernière ligne pas droite:
Et tout à coup, plus rien. Fin de transmission. Éole s'est endormi si vite qu'il n'a même pas achevé son job, ni prévenu de sa date de retour.
Nous sommes encore à 1000 nm (1800 km) de notre but et les prévisions météo sont inquiétantes.
Panne d'alizé pour des centaines de miles suite à une dépression dans le grand sud.
Ti'Amaraa est comme posé sur un océan d'encre. C'est beau mais c'est mou... Un grand calme de ceux qui amusent avant de desabuser.
Et ce qu'on ne sait pas encore, c'est que ça va durer.
La journée, on s'évertue comme on peut pour essayer d'avancer avec les 2nds de brise marine. Le Parasailor, ce lâche, se dégonfle. Comment lui en vouloir ?
Les 2 voiles d'avant en ciseaux '' tangonnées maison '' offrent un peu de rendement.



On essaye même des configurations de voiles plutôt originales. Grande voile, Parasailor et Génois. Contre toute attente, à 150° du vent, les performances ne sont pas si mal. On est à la limite du flash pour excès de vitesse.



Les premières nuits, on pousse au moteur pour essayer d'avancer un peu. Rapidement, il faut se résoudre à changer de rythme. Nous avons un voilier pas un super tanker. Nous préférons économiser notre gasoil restant pour l'entrée dans le lagon des Gambier, mais aussi par sécurité... On ne sait jamais...
Petit à petit, on accepte les journées à 70 nm mais le moral en prend un coup. Ce que nous devions avalé en moins de 6 jours va nous en prendre beaucoup plus...
Bien sûr, nous ne sommes pas pressés.
Bien sûr, il n'y a rien de grave.
Mais sérieux Eole, c'est pas cool du tout.

Cerise sur le gâteau ''à mer''. Profitant d'une belle journée de calme, on décide de faire un vol de drone pour immortaliser le moment. Quitte à lambiner depuis 2 jours autant en profiter pour s'amuser.
Il y a 3/4 nds d'air depuis 48h. Grande voile et code zéro s'automotivent pour rester gonflées.
- Drony, à toi de jouer.
-Euh... On a dit Drony pas Eoooole !!!
Alors que notre petit engin est en altitude, le vent se lève d'un coup sans prévenir sans le moindre signe avant coureur.
Le scénario catastrophe se profile. Drony s'éloigne vitesse grand V tandis que Ti'Amaraa en profite pour accélérer, trop content de cet air travers inespéré.
S'en est trop pour notre télécommande.
Impossible de le faire revenir.
On perd le signal...
Aux dernières nouvelles, Drony à été embauché par l'équipe de Cousteau et filme les abysses.
Y a des jours comme ça.
Une fois de plus...pas grave... Que du matériel...
Mais ça fait ch....
Non mais, elle est où le caméra cachée ? Des jours et des nuits qu'on se traîne. Les fichiers météo qui confirment et là, juste maintenant du vent.... Grrrr
Le pire : encore un simulacre de vent car 30 minutes plus tard nous sommes à nouveau à 1 noeud.
Bref, on préfère en rire.
Merci à notre super team à terre d'avoir gérer Drony 2 et à nos prochains guests pour la livraison à Papeete 👍.

De grains en grains, de pétole en bords au près, on finit tout de même par voir se dessiner la silhouette des Gambiers à l'horizon.  Nous aurons mis 10 jours là où il n'en faut que 5 à 6 pour des conditions normales d'alizé. Pas de bol. C'est ainsi. Une sacrée école pour nos nerfs et d'entraînement aux manœuvres en tous genres.

Comble du bonheur, nous arrivons à l'entrée de la la passe en même temps qu'AquaVitae, un des copains de la flottille.
Plus de 700 heures de mer et nous sommes à la passe à 5 mn d'écart en ayant pris des routes totalement différentes. Même si on avait voulu le faire, on n'y serait jamais arrivés.
C'est énorme.
Les copains de Mars partis 3 semaines avant nous, nous attendent au mouillage de Mangareva. À 15 nm de notre arrivée, AquaVitae, Mars et Ti'Amaraa sont en contact VHF.
Excellent !!!!
Oubliés les souvenirs moins joyeux, Rikitea nous y voilà!!!
Bien sûr le farceur du mois n'en a pas fini avec nous. C'est avec un vent dans le pif de plus de 25 noeuds que nous nous frayons un chemin dans la passe ouest très houleuse jusqu'au mouillage. Merci les moteurs (contents d'avoir serré les dents dans la pétole et d'avoir économiser du gasoil)
Décidément, nous aurons été servis.
Peu importe, l'accueil chaleureux des copains sur place finit d'effacer définitivement les derniers stigmates de fatigue.
Merci les Coyote pour le reportage photo et le cadeau de bienvenue (miammm)
Merci les Mars pour ce déjeuner organisé et toutes les informations transmises.
La chaleur de l'amitié nautique vaut tous les miles et tous les vents.




Quand on quitte le long fleuve tranquille de l'existence, on découvre des voies parallèles, certes plus difficiles à naviguer mais plus intéressantes plus riches que celles du flot commun qu'on emprunte par facilité.

Les îles Gambier s'annoncent comme des pépites à découvrir... Avant tout, elles se gagnent. Ti'Amaraa l'a fait sans casse ni avarie. Cette traversée restera gravée en lettres d'or au panthéon de nos souvenirs.

'oa'oa (Heureux!!)

Les chiffres de notre transpac:
751 heures de navigation
3943 nm depuis les Perlas
3996 nm depuis Panamá city
Vent max 39.7 nds
Vitesse max 15. 4 nds
Poissons péchés 1 dorade coryphene 1.10m
Rapala perdu 1
Baleine 1
Raies et dauphins ++
Niveaux Bubble shooter : 670
Niveaux Jewels : 680
Nombre de romans lus : 15
Champagne : 1 bouteille
Vin : 1 bouteille
Bière : 2 par joli coucher de soleil
Heures de sommeil à l'arrivée: 14
Temps restant avant mise en ligne de la vidéo et plus de photos  : inconnu (compte tenu des possibilités internet locales)




10 mai 2018

Arrivés en Polynésie française !!

Nous avons décidé de commencer par la fin.
Original ?
Peut être...
Il s'agit surtout d'une évidence qui ressort de nos 31 jours de mer à travers cet océan géant.
Par quoi finissent tous les livres ou films ?
Les remerciements.
Rassurez vous cela ne va être ni exhaustif ni soporifique mais il nous semble important avant tout retour sur experience ou vidéo de mettre un coup de projecteur sur ce qui a fait que ces 4000 nm soient une réussite.

Avant tout, notre bateau. Notre Ti'Amaraa qui, en toute sécurité, a fait le dos rond face à toutes les conditions rencontrées lors de ce marathon. Sans faillir, il a avalé avec l'aide précieuse de Nestor 2, notre nouveau pilote, les miles à 45°de vent au près, au travers par plus de 35 noeuds de vent ou encore lors des bouffées de plaisir au portant sous Parasailor.
À la différence de la transatlantique, cette voile ne sera, en revanche, pas la star de cette traversée. La vedette lui est volée par notre voile turbo le code zéro. Elle aura été la plus efficace et la plus polyvalente face aux conditions diverses rencontrées. Le vent ne nous a pas évité les manœuvres. Nuits comme jours, nous avons souvent été appelés sur le pont. Éole ne nous a pas fait non plus grâce des miles et des miles sans vent. Même si il est difficile psychologiquement de voir son compteur de miles ralentir voire repartir en sens opposé, lorsque l'on vit en grand confort et autonomie, on appréhende différemment l'embuche. Une douche chaude, un bon p'tit dîner mijoté et le sourire revient. 
Merci Ti'Amaraa. Te voici dans ce pays cher à nos cœurs d'où vient ton nom. On va à présent se mettre en orbite autour de ces pépites. 

Merci aussi à notre téléphone satellite Iridium. Au delà de la récupération des fichiers météo, il ne faut pas perdre de vue qu'au beau milieu du Pacifique nous étions à près de 4000 km de la moindre âme qui vive. Pour repère, Thomas Pesquet et la station spaciale ne sont ''qu' "à 400 km de la Terre. Ce petit bout de technologie est notre unique contact vers l'extérieur. 
Il ne sert cependant à rien si l'on n'a pas une fenêtre ouverte en permanence de l'autre côté.
Un peu comme une équipe de foot qui se rode au fil des rencontres , nous avions aimé le match aller sur l'Atlantique. Nous avons préféré le match retour sur cet océan avec notre Ti'Amaraa Crew. Chrys, Stef, vous avez géré l'interface comme des chefs. On s'est marrés à lire vos blagues du jour. On a adoré suivre vos résultats de trail et vos projets. Vous avez assuré quand le moral était down. Merci n'est pas assez fort pour vous deux nos chouchs. Alors, on va piquer l'expression au roman ''ça peut pas rater''. On vous globiche mega fort!!! ❤️ 
En vos qualités de lutins com', il semble même que notre numéro Iridium ait fuité.... Nous avons ainsi reçu régulièrement des SMS adorables de la famille, des copains et de followers. À la base, on ne voulait pas diffuser nos coordonnées mais vous avez bien fait. Cela fait chaud au cœur. Merci à tous. Certains messages étant non signés (ou tronqués) on ne pourra remercier chacun personnellement. Ces lignes sont pour vous qui avaient pris ces minutes de vos vies pour nous envoyer ces bouteilles à la mer. Merci du fond du cœur. 

En parallèle, nous avons été associés à l'organisation mise en place par Jef, le capitaine d'AquaVitae, avec son ami Denis dans le rôle du concentrateur des positions quotidiennes de nos 4 bateaux.
Le fil rouge de ces jours de navigation dans ce désert bleu.
18h UTC. Envoyer notre position à Denis et recevoir en retour un SMS avec les infos des copains. La gazette de la flottille. 
Jour après jour, ce rdv a fait partie intégrante du rythme de vie du bord. Denis a répondu présent à chaque sollicitation. Mille mercis à toi. Nous avons fait connaissance par SMS interposés. Nous avons adoré ton humour, ton sérieux et ta régularité. Nous espérons pouvoir te rencontrer, qui sait, lors de ton prochain séjour au Fenua et parler de tout ça autour d'un bon verre avec la flottille au complet. 
Cette transpacifique n'aurait pas eu la même saveur si justement nous ne l'avions pas partagée avec nos 3 copains. Chacun sa route, son bateau mais en contact permanent par SMS. Qu'il est bon de savoir qu'à quelques miles en cas d'avarie grave, les amis sont là et inversement. Nos échanges satellitaires les jours de délire resteront dans les annales.
Les tranxen sur Merak,
La biture envisagée sur Jonathan
Le mot de Woody Allen via AquaVitae lors déprimes les jours de trous d'air : "L'éternité c'est long. Surtout à la fin". 
Nous n'avons qu'un mot à vous dire à vous trois, nos trois tontons, François, Gérard, Jef :
Respect. 4000 nm en solo. 👍

Partenaires indispensables de notre route, nos musiques et nos livres numériques. Une autre fenêtre vers l'extérieur. Différente mais capitale surtout les jours de pétole lorsque l'on surfe à 2 noeuds et que les fous de bassan nous doublent. 
Nous sommes à jour des bibliographie entre autres de Michel Bussi, Ken Follet, Jean D'Ormesson et Gilles Legardinier (à qui nous avons piqué cette idée de remerciements et le verbe globicher). 

De même, merci à vous qui êtes venus à bord et qui nous avez laissé vos Playlists pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Quel meilleur endroit qu'un océan pur pour écouter des créations artistiques. On ne pourrait décidément pas vivre sans bon son. 

Pour finir, nous voulions l'un comme l'autre remercier nos beaux-parents.
Étrange ?
Point du tout. 

Merci Annie et Alex d'avoir fabriqué mon Cap'tain.
Merci Marie-Claude et Guy d'avoir fabriqué ma Cap'taine.

Deux humains différents et complémentaires mais partageant ce même plaisir, cette même envie de vivre. La littérature parle d'alter ego. Cette expérience dans notre Ti'Amaraa-bulle avec ces bouffées de bonne humeur, ces coups de mou, ces instants magiques sous les étoiles, ces chamailleries (et oui chez nous aussi) nous a encore permis de confirmer qu'en résumé il ne nous reste plus qu'à remercier la Vie. 
Face à cette immensité liquide, loin de tout autre humain(à part nos tontons), on ne joue pas ''à la vie '', on vit pour de vrai.
Aujourd'hui est un cadeau. Voilà pourquoi on l'appelle présent.