20 novembre 2019

C'est quoi un grain ?

Aaah notre belle langue française.

Grain, fruit et semence des céréales contenu dans l'épi
Par analogie, petit objet de la taille d'une graine.
Et même au sens figuré, très petite quantité de quelque-chose.

Pas de doute, nous sommes bien dans l'univers du petit, du détail. On flirte avec la délicatesse lorsqu'il est question des petites aspérités à la surface de certaines étoffes et cuirs. On touche même à la poésie avec nos belles expressions dérivées : un grain de beauté ou de folie ? Vous préférez veiller au grain ou avoir du grain à moudre ?

Il suffit en revanche de passer dans le langage nautique et celui de la météo marine pour casser l'ambiance : vent violent et de peu de durée qui s'élève soudainement et qui est généralement accompagné de précipitations
Synonymes orage, squall, tempête
Tout un programme.
Fini le grain pour les canaris, on passe à la catégorie supérieure qui ne contenterait même pas une autruche.

Serait ce le revers de la médaille à vivre au paradis ? Un peu comme si la fée Nature n'était pas dans ses grands jours. Peut-être a t'elle reçu sa déclaration d'impôts, a eu un pv avec son carrosse, ses gosses l'ont fait tourner en bourrique, son boss a annulé ses congés ... Bref, une fée de mauvais poil.
Et bien oui, désolés de casser le mythe mais les fées aussi ont des emm.....

Lors de notre dernière nav Rangiroa /Raroia (300 nm environ 600km), comme elle ne devait pas dormir, elle a décidé que les Tuamotu non plus.
Plus au sud de notre route, nous observons sur les atolls un festival son et lumières. Les orages grondent. Pour avoir déjà vécu un foudroiement au Panama, on n'aime pas bien ces bêtes là. D'après nos fichiers météos, on devrait y échapper pour ces 3 jours de nav.
Si nous nous sommes tenus à bonne portée de ces ondes électromagnétiques, il fallait bien qu'on se prenne des fameux grains.
Nous n'en avons eu que deux et nous n'avons pas été déçus.
By night. Plus d'une heure de vent rafaleux à 40 nœuds, de la pluie battante qui tombe à l'horizontale et une mer transformée en piste du Paris Dakar. Le génois est réduit. Il ne reste plus qu'à attendre bien au sec dans notre cockpit.
Il faudra attendre encore une bonne heure après pour retrouver nos conditions normales de vent et de houle.
Oufff. Bon, c'est bon on va attaquer les quarts et se reposer un peu.
Que nenni !!!
Et un p'tit deuxième, c'est la fée insomniaque qui régale.

Pour sûr, Ti'Amaraa a été bien rincé. Un Karcher n'aurait pas fait meilleur travail.
Aaah notre belle langue française. Tu nous la copieras la définition des jolis grains de blé des soirs d'été.

Il ne nous reste à présent plus que 400 nm (800km) pour rejoindre les Marquises. Aux dernières nouvelles la fée a obtenu son augmentation... On devrait être tranquille côté grain.
En revanche, c'est quatre jours de prés qui nous attendent.
Les initiés voileux comprendront.
Pour les autres, autant vous dire qu'encore une fois un joli mot cache des conditions de navigation pas des plus agréables. Nous serons bien loin de l'image bucolique des prés verdoyants clairsemés de pâquerettes. Nos collines seront d'eau de mer et seule l'écume ajoutera les touches blanches à notre horizon mobile.

Aaah notre belle langue française.

12 novembre 2019

Perdus au paradis

Mais que vont ils ? Où sont ils ?
Disparus des écrans radar et autres ondes internet, Ti'Amaraa erre depuis plusieurs semaines dans les atolls des Tuamotu à la recherche de patates de corail bienveillantes et de lagons accueillants.
Accompagnés des raies mantas, des dauphins, et les éternels requins '' poubelle de table", nous avons pour cette nouvelle saison dans cet archipel privilégié les mouillages isolés.
Cela ne nous a toutefois pas empêché de reconnecter à la civilisation le temps d'une plongée avec les clubs locaux.
Nous en profitons d'ailleurs pour mettre un coup de projo sur celui de Rangiroa : Yaka Plongée. Professionnalisme, Accueil, Organisation tout est regroupé au même endroit... Les sourires XXL en cadeau bonus. Un grand merci à toute l'équipe pour ces bons moments de convivialité sous marine.
Un dernier coup de projo : le snack Cook & Dive toujours à Rangi. Voisin de Yaka Plongée, Sylvain a développé un concept de table d'hôtes de haut niveau dans une ambiance décontractée les pieds presque dans l'eau. Poisson cru aux mangues acidulées, burger de poisson au guacamole... On en passe parce qu'on salive rien qu'en se remémorant nos assiettes.
Amis plongeurs (ou pas) de passage sur Rangiroa... C'est THE place to be à l'heure du déjeuner.

Mais bon revenons à nos robinsonades.
Inspirés par la célèbre émission télé, nous avons baptisé notre séjour Kho Ti'Amaraa.

Plantons le décor.
Un motu isolé quelquepart dans le gigantesque lagon de Rangiroa cerclé de plages de sables or et rosé. En fond la barrière de corail et ses feo (coraux surélevés et fossilisés) prête à briser la houle du puissant Pacifique.
Pas de doute. Il n'y a pas âme qui vivent à la ronde excepté sous le bateau et autour des récifs pour la plus grande joie de nos snorkelings.

Donc île déserte ok
Équipage isolé ok
Notre concept est toutefois légèrement plus.... comment dire.... Confort...que la version Lantha 😅
Un campement réglementaire à été installé hamacs, tables, chaises étaient de sortie. C'est qu'on n'est pas du genre à se faire enquiquiner par des grains de sable fussent ils roses.
Le capitaine s'est occupé du feu et l'équipage de raper et presser les cocos.
On a bien respecté les équipes jaune et rouge en choisissant les vins.
Idem pour les protéines, faute de chenilles, nous avons dû nous rabattre sur les saucisses grillées et les filets de bec de canne. Vous comprenez mieux pour les vins 😉.
Il faut tout de même reconnaître que nous n'avons pas économisé nos efforts. Un gros poisson a failli être du barbeuc mais l'hameçon a fini par se sectionner après près d'une heure de lutte acharnée.
Poisson 1 Ti'Amaraa 0
Vive le congel !!! 😂😂

Mieux qu'un long discours, les images par là

https://vimeo.com/372669255

23 octobre 2019

Triste jour pour Moorea

À l'heure où les journaleux avides de titre à sensation vont s'acharner sur la Polynésie, faites vous votre propre avis en lisant ceci
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Texte de l'ORP Observatoire des Requins de Polynésie
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C'est sous le choc que nous écrivons ces lignes.

Suite au dramatique accident de lundi matin ( lundi 21 octobre 2019), l'ORP apporte tout son soutien à la victime, sa famille, et les personnes présentent sur le bateau en leur souhaitant beaucoup de courage dans ces moments.

Il nous semble important de mentionner ici quelques éléments permettant d'éviter de faire des amalgames.

L'accident a eu lieu au large de Moorea en pleine mer. Donc en dehors du lagon et loin des sites de "ray feeding" ou "shark feeding", et ce n'était pas sur un lieu de plongée sous-marine.

L'accident est survenu alors que des nageurs étaient en palmes, masque et tuba avec un banc de globicéphales, des cétacés de temps en temps observés au large. La plupart des « whale watchers » profite de cette opportunité lorsqu'elle se présente à eux comme ce matin.

Les globicéphales sont régulièrement accompagnés d'une espèce de requin rarement observée car pélagique (qui vit au large), le Parata, aussi appelé Longimane ou océanique ou requin pointe blanche du large, pouvant mesurer jusqu'à 3 m de long. La ou les raisons de cette union globi-parata restent mal connues mais très probablement alimentaires.

En Polynésie, une seule attaque par cette espèce a été répertoriée en 1972 (Lagraulet J et al. « Les morsures par requins en Polynésie française » Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, p 593-604, 1972) ce qui est donc très rare. Mais elles sont plus connues ailleurs dans le monde. Les longimanus ont récemment été impliqués dans des accidents en mer rouge.

De part la rareté de ses proies, cette espèce de requin est réputée opportuniste et inquisitrice. Les comportements d'intimidation bien connus chez les requins de récifs ne sont pas systématiques chez ce requin, il peut venir directement au contact du nageur.

Nous avons eu un entretien avec le guide de cette sortie, évidemment sous le choc.
Ce guide est également moniteur de plongée à l'année sur Moorea, il a donc une expérience des requins non négligeable. A l'instar de ce groupe de nageurs, plusieurs prestataires ont effectué des immersions avec ces globicéphales ce matin et ont observé un (ou des ?) Parata avec un comportement classique.

A la vue du requin, le guide a demandé à ce que tout le monde se regroupe, ce qui a été exécuté, mais le requin s'est focalisé sur une personne et s'est mis à la mordre.

Pourquoi ? Personne ne peut le savoir, les requins ont chacun une personnalité différente. Cet accident aurait pu arriver à n'importe qui.

Évidemment, comme nous l'avons déjà entendu, une battue ou une chasse aux requins ne servira strictement à rien. Ce requin étant pélagique, son territoire est le Pacifique Sud.

Nous tenons à renouveler nos sentiments de soutien envers cette famille touchée, et aux personnes présentes à bord du bateau qui ont fait acte de bravoure.

L'observatoire de Requins de Polynésie

Nicolas Buray

12 octobre 2019

Y a les navs sympas, et les autres

Celles dont on ne parle pas souvent.
Celles dont on ne gardera pas un souvenir impérissable... Quoique..
La donnée d'entrée principale du problème : avoir un rdv !!
On déteste les contraintes planning serrés. De manière générale, on se débrouille toujours pour avoir une bonne quinzaine de battement avant une date butée. Mais quelquefois, ça se goupille pas comme prévu.
Nous nous retrouvons donc à Bora avec une deadline à 4 jours pour être sûr Tahiti.
Une broutille 150 nm, cap vers le sud est.
Déjà à la base, ce tronçon retour n'est pas le plus aisé et est craint par beaucoup de navigateurs sur zone. Mais cerise sur le gâteau pour Ti'Amaraa, un vent de sud est bien établi et se renforçant est dessiné sur nos courbes de prévisions météo.
Pour le jouer clair, ça va être vent et houle dans le pif sur tout le chemin.
Bonne nouvelle !!! Pas de pluie annoncée.
Les 16 à 21 nœuds de sud est s' avèrent dès le départ de Bora être plus proche des 30 nœuds. La houle est bien de 2,50m. On va se marrer.
Heureusement nos yanmar assurent. Pas le choix ce sera une risée diesel.
Éreintés par la première phase, nous décidons de faire une halte pour une nuit dans le lagon de Raiatea/Taha'a. Grande première, nous inaugurons la navigation de nuit dans un lagon. On n'aime pas bien mais nous avons nos traces comme guide, un marquage à la française performant et surtout une furieuse envie de mettre sur pause quelques heures.
Dans un lagon agité d'un clapot désagréable, nous arrivons à nous faufiler vers le nord-est de Raiatea non loin de la passe de sortie du lendemain matin.
Il fait nuit . Le vent souffle à plus de 25 nœuds. Décision est prise. Nous allons nous amarrer pour quelques heures sur une des bouées des loueurs de charter... s'il en reste.
Aux étraves, le faisceau de notre spot furète pour trouver notre répis.
Yes !!! Elle est là. Proche du récif, mais elle nous attend. À cette heure ci, tous les bateaux de loc sont posés. Il y en même a 3 autres de disponible. Nous ne derangerons donc personne, d'autant plus que nous filerons aux aurores.
UV prise de bouée inconnue by night avec rafales à 30 nds ok
Le dîner est expédié. La nuit est réparatrice.
Comme prévu sur nos prévisions, à notre réveil le vent semble être un peu posé. La houle aussi. Yalla...
On se lance... Et rapidement on déchante.
Exit les 15 nds, ce sera 25/30 en plein dans le pif sur une mer hachée et dure.
Nous limitons les déplacements, les ravitos sont des picniks. Quant à nos tentatives de quart de repos, allez dormir dans un grand 8, vous verrez.
Ti'Amaraa gère. L'équipage aussi même si l'ambiance n'est pas à la franche rigolade.
On entend rouler dans les placards. Les embruns décorent pont et cockpit de sel. La douche va être bonne et pas que pour le matériel.
Au petit matin, la silhouette découpée de Moorea fait plaisir à voir... même si ce fichu sud-est s'est renforcé et ne nous fait pas de cadeau.
D'ailleurs ces heures moteur ont sérieusement entamé notre stock de gasoil. Notre vitesse moyenne a été inférieure à nos navigations habituelles... Ceci dit était ce une nav habituelle ?
On tente de pousser jusqu'à la Marina de Taina à Tahiti ? Nous sommes vendredi. À plusieurs reprises, nous avons été confrontés à l'impossibilité de se ravitailler en gasoil hors taxe week-end et jours fériés. Pourquoi ??? Bref...
Au sûr, la charmante équipe de Mobil à Moorea est toujours prête à nous délivrer notre précieux.
Puisque nous n'en sommes pas à un détour près, stop à Pao Pao pour refaire les pleins. Seul hic, leur mini quai en bois, nettement plus adapté aux pêcheurs et aux bateaux de promenades pour touristes.
Les taquets ont été livrés par Fisher Prise et l'espace de manœuvre est très serré.
Par chance, il n'y a personne. Mini certes, mais le quai n'est que pour nous
UV mise à quai avec rafales à 35 nds ok

Houle, près, bouée, manœuvres... Rien ne nous aura été épargné pour cette navigation retour des îles sous le vent.
C'est ça aussi la vie sur l'eau.
Il y a des jours comme ça, où l'on est contents d'arriver au mouillage, même au '' parking à bateaux'' sans charme qu' est celui de Taina.
Nous sommes à l'heure... Et même en avance pour le coup.
On repart se faire un tour ?? 🤣 🤣
Une bonne douche juste après un p'tit coup de Karcher... Matos et équipiers ont repris un aspect décent.
Une bonne nuit, et c'est reparti