1 juillet 2020

Une année pas comme les autres

Ainsi s'achève le mois de juin.

Nous vivons dans notre bulle marquisienne covid-free depuis tant de semaines que l'on n'en éprouve même pas l'envie de compter.

Nous vivons une telle symbiose avec ces îles et ses habitants que nous avons décidé d'y rester toute la saison.
En effet, dans le circuit classique des navigations, les Marquises se visitent de novembre à mars/avril pour s'éloigner du risque cyclonique plus au sud. Logiquement, on ''descend'' ensuite profiter de la belle saison aux Tuamotus et aux îles sous le vent.
Oui mais justement cette année il n' y a pas de logique.
Un peu comme l'effet papillon. Le tsunami des vagues virales lointaines a bouleversé les esprits jusqu'ici et fait chavirer les plannings.
La navigation inter-archipels est autorisée depuis mi mai. Beaucoup de bateaux ont quitté leurs '' îles/archipels de confinement ''.
Pas nous...

La Polynésie s'ouvre progressivement au tourisme aérien. Les premiers vols commerciaux sont attendus à Papeete dans quelques jours. La population, préservée jusqu'à présent grâce justement à la fermeture précoce des frontières, est confrontée à l'ambivalence de sentiments.
L'enthousiasme de revoir revenir des proches au pays
L'envie de voir redémarrer l'économie touristique
L'excitation de partir en vacances
Mais aussi la crainte de nouveaux cas importés.
Pour mémoire, sur les 62 cas comptabilisés en Polynésie depuis le 1er mars tous sont issus de personnes arrivées par les derniers vols commerciaux et de leurs contacts.
Voir les gros porteurs se poser à nouveau à Faa'a en sachant que les mesures de quarantaine sont suspendues génère de l'inquiétude pour la population et les autorités.
Ne voulant pas ajouter de tracas inutiles à nos hôtes, nous avons donc décidé de rester au Fenua Enata. D'îles en îles, nous irons cet été, enfin plutôt cet hiver pour nous, découvrir de nouveaux recoins, retrouver les copains.

Il n'y a pas que Bora qui a besoin de tourisme. Les Marquises ont besoin de nous tous.
Nous continueons donc à partager le quotidien de ce peuple courageux.
Déjà profondément addicts, cette vie confinée auprès d'eux a révélé notre profond attachement pour cette culture, cette terre, cette philosophie de vie.
Les mois à venir vont être riches en nouvelles aventures.
Stay tuned 😉

1 juin 2020

Vidéo Tahuata décembre 2019

On classe, on archive nos centaines de photos et videos...
Et on tombe sur un montage réalisé en décembre dernier que l'on n'avait jamais partagé.
L'occasion de montrer encore une fois la beauté des Marquises. 🤩
Clin d'œil à nos amis acteurs vedettes.
Dommage que le festival de Cannes ait été annulé, on aurait eu, c'est certain, une palmé de cocotier 🌴🌴🌴🌴🌴🌴

Qui a dit qu'il n'y avait pas de plages aux Marquises ?
Soyez curieux, venez voir
La vidéo est par
https://vimeo.com/424595610

19 avril 2020

Vers le début de la fin ?


30ème et dernier jour de confinement.

Aucun cas confirmé dans l'archipel des Marquises. 


Il n'y a que très peu de pays au monde qui ne sont pas touchés par cette pandémie, la plupart sont dans le Pacifique. 
Y aurait-il une prédisposition génétique au Covid-19 inexistante dans l'ADN de la civilisation maohi ? 🙏

Nous avons conscience d'être des privilégiés à pouvoir démarrer un déconfinement à l'heure où les compteurs des cas confirmés et des tristes décès inondent les écrans mondiaux.

La Polynésie dénombre à ce jour 52 cas uniquement sur Tahiti et 3 sur Moorea, sans cas graves ni décès. 
L'Etat et le Gouvernement de Polynésie française ont donc décidé d'alléger les règles dans tous ces archipels préservés : Tuamotu, Gambier, Îles sous le vent et Marquises. 

Notre confinement, c'était quoi ?
Nous avons choisi de le vivre sur l'île principale des Marquises, Nuku Hiva, dans la grande baie de la ville principale Taiohae.


Point de vue mouillage, c'est idéal. Une grande anse entrant dans les terres protégée par un quasi 360° de crêtes brise-vent. Notre ancre a pris racine dans un fond sablonneux après une rapide descente dans 10 mètres d'eau.
Le mouillage est suffisamment vaste pour accueillir sans problème une petite centaine de bateaux... Et ce fut le cas au plus fort de l'affluence.

Les Marquises sont une première escale de choix pour ceux qui arrivent de Panama, d'Equateur, des Galapagos ou encore du Mexique.
Mythiques, accueillantes, reposantes, elles ont, depuis des années, jalonné le journal de bord de nombreux équipages. 
Imaginez les bateaux présents depuis des mois ou des années qui, comme nous, avaient choisi de ''confiner '' ici près de la capitale, des antennes internet, des administrations compétentes et de l'unique hôpital des Marquises associés à l'arrivage de la promo Transpac 2020 dont le World Arc :
Un melting pot
multiethnique, 
multiculturel. 

Malgré cette affluence qui aurait pu effrayer plus d'un natif, les équipages ont toujours été considérés comme partie prenante de la population. 
Aucune restriction particulière n'a été mise en place par les autorités locales. Seul le bon sens a été requis. 

Un grand merci à Mr Le Maire et tous les interlocuteurs (pompiers, agents municipaux, police municipale... ) pour cette compréhension et cette absence de ségrégation abusive de '' l'étranger ''. 

Alors bien sûr, il y a les éternels insatisfaits.
Ceux qui n'ont jamais compris que les Affaires Maritimes par le biais du Haut Commissairiat nous interdise de nous baigner. 
Ceux qui ne comprennent pas que pour préserver ces îles (et faciliter les rapatriements des équipages) les bateaux en provenance du large n'aient qu'une autorisation d'escale temporaire et aient obligation de continuer vers Tahiti. 
On pourrait en parler pendant des heures... Mais, ce n'est pas le sujet. 

Keep cool, on n'est pas les plus malheureux 



Nous avons vécu 30 jours intégrés à une population toujours souriante et bienveillante. Nous avons pu descendre à terre sans plus de contraintes que celles imposées et respectées par les habitants. Nous avons eu accès aux épiceries de notre choix, aux banques... 

Nous avons eu des appros non stop au quai ou à bord : de fruits, de légumes, de poissons, d'œufs... réalisés gratuitement par des producteurs locaux. 
Pas question de profiter de la situation pour nous faire payer le moindre coût de livraison. Respect !!!
Merci beau peuple Enana 🙏

Nous avons eu aussi accès aux livraisons des bateaux ravitailleurs Aranui et Taporo. Merci Jean-Marc pour tes expéditions groupées depuis Papeete 🙌. 









Nous n'avons manqué de rien, y compris de lien social. Il s'est réinventé par vhf interposées. 
Un réseau organisé par et pour les enfants, un réseau girly, une radio paradise, des soirées Quizz, des flashs de partages d'informations locales. 
Une fois de plus, chacun y est allé de sa culture et ses habitudes : des habitués des grands regroupements Yachties et leur ordre du jour détaillé quotidien au réseautage francophone sans autre prétention que celui de faire circuler les informations du jour. 
Libres à chacun d'y participer ou pas. 

La solidarité entre équipage a fait chaud au cœur les jours où l'on trouvait le temps plus long.
Comment ne pas relativiser quand un pain chaud, des brownies, une laitue, des glaces ou un masque tissu boat made vous sont livrés ou encore des truffes chocolat de Pâques et une brioche toute chaude alors que vous pointez le nez dehors au petit matin. 



Comment ne pas bien démarrer le week-end quand les voisins allemands se sont occupés de faire livrer par le boulanger,? D'un coup d'annexe, pain frais et croissants 🥐🥐🥐 viennent illuminer un petit déjeuner au paradis. 

Est-ce justement parceque l'on n'a plus accès directement les uns aux autres que l'on se préoccupe de ses voisins (que l'on ne connaissait pas avant !)? 




Confinement associé en Polynésie avec l'interdiction de vente d'alcool, l'immobilisme, les mélanges socio-culturels et la perte de la précieuse liberté des navigateurs. Tous les indicateurs étaient au rouge pour que la situation devienne explosive. 
Et pourtant, à quelques "enfantillages" près, tout a été calme. 
L'étude sociologique a été passionnante. Distanciation sociale n'est pas synonyme d'isolement social même sur l'eau. 

Nous avons découvert la faculté des êtres humains à être pour beaucoup généreux et inventifs, pour une minorité nombriliste et vindicative mais pour la majorité patients, tolérants, respectueux et impliqués. 

Nos soirées confinées ont été rythmées par les huit saisons de Game of thrones. La journée, la version Game of boats était nettement plus pacifiste et amusante. 

Pour l'heure la cloche a sonné. À partir de lundi, nous n'aurons plus à remplir nos attestations et passer au check-point. On en serait presque à le regretter tant c'était agréable de retrouver les sourires de nos interlocuteurs locaux jour après jour. 
On ne va pour autant pas bouder notre plaisir d'aller gambader sur les chemins parmi les arbres fruitiers et les fleurs tropicales, d'aller retrouver nos amies les raies mantas en snorkeling. 



La circulation maritime est toujours interdite à l'exception du fret et des urgences médicales. Ti'Amaraa a pris ses habitudes à onduler autour de sa chaîne.
Nous ne sommes pas pressés. Le vagabondage nautique attendra. Nous sommes bien decidés à participer au redémarrage économique de cette île par notre statut d'uniques "touristes" à la ronde. 

Bien sûr, la vigilance reste au rendez-vous. Monsieur Virus n'a peut-être pas dit son dernier mot.

"Gémir n'est pas de mise aux Marquises" a t'il chanté. 



26 mars 2020

Confinés aux Marquises Jour 5

25 mars 2020
Confinement J5
Polynésie française :
25 cas avérés (aucun en 24h)
Hospitalisation 1 (-1 en 24h)
Décès 0
🙏🙏

Sept jours à bord, 5 jours officiellement confinés, une petite semaine de voyage immobile au milieu d'un flot d'émotions, d'informations et de réactions.


D'émotions tout d'abord, en suivant les informations internationales. Il faudrait être sans cœur pour ne pas être sensibilisé au drame que vivent de nombreuses populations. Et même si l'on vit dans un petit paradis, on ne peut qu'être profondément touchés par l'abnégation des personnels de santé et le courage de tous ces hommes et ses femmes qui font de leur mieux pour que le système continue de fonctionner. Respect. 🙏. Famille, amis des 4 coins du monde. Restez chez vous !!!


Un flot d'informations, nous disions.
Au niveau local aussi. On en parlait dans le dernier post. La communauté flottante anglophone a mis en place, bien avant le confinement, une vacation vhf quotidienne pour partager les informations liées à la vie au mouillage avec cette nouvelle composante Covid-19.
De simples auditeurs, nous sommes devenus acteurs. On nous a, en effet proposé, de mettre en place la même chose pour les bateaux francophones. Nous avons accepté cette proposition avec comme objectif premier de faire de ce réseau une force vive pour aider Nuku Hiva.
C'est ainsi que tous les matins à 10h, nous animons une petite émission radio sur le canal vhf préféré des francophones... Le 69 😉
Nous nous retrouvons, comme à l'époque, à rédiger des ordres du jour, préparer des réunions, lire des plans d'actions et des rapports scientifiques pour répondre aux questions.
Alors, le virus est il plus gros ou plus petit que la molécule d'eau pour les membranes de nos dessalinisateurs ?
La première mission a été toutefois de rappeler les consignes de confinement et surtout les règles définies dans l'arrêté régissant les activités littorales et nautiques.
Il a fallu plusieurs jours pour faire comprendre que nager, plonger, faire du paddle, se balader en annexe, boire un verre sur le bateau copain étaient interdits !!
Bien évidemment qu'il n'y a pas de risques à faire des brasses autour de son bateau... Sauf que les Marquisiens sont confinés et que leur propre littoral leur est interdit. Comment expliquer à des enfants qu'ils ne peuvent pas, comme à leur habitude, aller ''baigner à la mer'', alors que par leurs fenêtres, ils voient des gens barbotant autour de leurs bateaux ??
Nous sommes merveilleusement bien accueillis. Alors, soyons sérieux, montrons l'exemple !!!
Rapidement, la discipline, les rappels et certainement aussi la peur des amendes ont eu raison des plus rebelles.
La valse des annexes et des paddle a cessé. Les sorties des équipages sont minimalisées. Tout le monde s'organise. Et ça fait plaisir à voir et à vivre.

Ce qui nous amène enfin au flot de réactions...
Une fois passée cette phase où la tâche moralisatrice n'était pas la plus aisée, nous avons à tous décider de retourner la situation et de faire germer une attitude positive et volontaire.
Tant côté anglophone que francophone, nous avons compilé les compétences présentes disponibles bénévolement à bord des nos voiliers.
Nous sommes aujourd'hui en possession d'un listing de volontaires dans de nombreux domaines : des chirurgiens, des médecins, des infirmières, une sage femme, une psychologue...
Mais aussi des techniciens et ingénieurs près à aider dans de nombreux domaines : électricité, électronique, informatique, menuiserie, traitement de l'eau ...
On ne rentrera pas dans les détails ici. Mais nous sommes sincèrement heureux de voir se former cette '' Task Force'' par pure solidarité et se mettre au service de la population de Nuku Hiva.
À l'heure où nous écrivons ces lignes, la lettre d'intention et ce listing des volontaires, cosignés par le bateau représentant les anglophones Free Spirit (Jon et Kristi) et Ti'Amaraa), a été transmise à la Direction de l'hôpital Louis Rollin à Taiohae ainsi qu'à Mr le maire et son secrétaire général.
Nous avons reçu des réponses quasi immédiates des autorités contactées nous remerciant et nous confirmant leur intérêt si l'épidémie venait à frapper.

Si Nuku Hiva a besoin d'aide, ils savent à présent qu'ils peuvent compter sur les équipages au mouillage à Taiohae.


Côté vie pratique pour finir.
Tout se passe en douceur.
Des livraisons de fruits nous arrivent directement à nos bateaux via les habitants de la vallée de Hakaui.
Un principe de livraison de légumes au quai est en cours de mise en place.
Les bateaux ravitailleurs Aranui et Taporo sont venus livrer cette semaine. Les épiceries ont refait leurs stocks.
L'équipe du pôle Santé suit de près les derniers arrivés de Tahiti (dont les jeunes étudiants). Ils étaient à l'aéroport jusqu'au dernier vol en provenance de Papeete. Les confinements à domicile sont en place et, semble t'il, bien respectés. Ils font dans l'ombre un travail en amont capital. Merci et Bravo !!

Pour le moment, le vilain virus n'a pas pointé le bout de son nez 🤞 aux Marquises et aucun nouveau cas n'a été enregistré en 24h sur toute la Polynésie.
Tout le monde se prépare malgré tout, même sur l'eau... En espérant que personne n'aura besoin de nos services 🙏🙏🙏

Merci à tous pour vos messages.
Désolés de ne pas répondre systématiquement.
Nous privilégions le peu de crédit internet qui nous reste en cette fin de mois (et oui c'est à l'ancienne pour les abonnements internet mobile ici... À moins d'être Crésus) pour nos proches et la gestion de ce quotidien que l'on vous partage.

Et puisque l'on ne peut plus être tous ensemble, soyons le quelques secondes par la pensée via ce post. 💕