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30 janvier 2017

La longue route de Providencia au Rio Dulce

Avant de s'engager sur cette route classique Colombie-Panama/Belize-USA, nous avons échangé avec de nombreux équipages de bateaux ayant déjà navigué dans cette zone. Certains choisissent de couper au plus court en passant près des côtes et en traversant les cayos du Nicaragua (environ 350nm. Notre voisin à Providencia la prendra). Nous avons opté pour la deuxième voie: route longue par le large (plus de 400nm à plus de 70nm des côtes ).

Nous avons choisi au départ de Providencia des conditions de fin de dépression à savoir houle de 2.5m et vent 20/25 nds rafales 30.
L' objectif étant de passer la côte du Nicaragua au large, vite et de nuit.
Chose que nous avons faite, puisque au Check Point à 24h, Ti'Amaraa avait parcouru plus de 175 nm à 50° du vent dans une mer de travers. Nous étions donc au Honduras au petit matin. 
Notre route large correspond au ''rail'' montant et descendant des cargos. La plus sûre, celle sur la quelle on ne risque normalement pas grand chose. Malheureusement, tout cela ne nous a pas empêché de faire une mauvaise rencontre chemin faisant. Le risque zéro n'existe pas. Ce n'était pas notre jour de chance...
3 lanchas, 13 êtres dénués de toute humanité qui piétineront nos coussins, nos coeurs, notre vie.
Nous laissant seuls avec la colère de l’impuissance.
Les dauphins virevoltant et les cachalots majestueux croisés plus tard sur cette mer turquoise n'auront pas réussi à nous rendre notre innocence et notre joie de vivre. C'est épuisés et brisés que nous posons notre ancre le lendemain soir sur les îlots de Guanaja, le flot de nos émotions contenu derrière un mur fraîchement bâti avec le ciment de la douleur des victimes d'une agression violente. 
Voulant préserver au maximum nos proches,  nous sommes tiraillés entre se taire et extérioriser. Nous finirons par opter pour une communication minimisée, rassurante, banalisée.  Trop peut être...  Ils absorbent notre stress par procuration avec leurs coeurs éponges. La distance n'arrange rien aux angoisses. On ne peut les en blâmer. 
Mais, qu'il est difficile de quelque côté que l'on se trouve en situation de crise, de composer avec les émotions de chacun lorsque vous êtes loin et que vous êtes vous même perdus dans le tourbillon de vos sentiments. 
Tout cela, associé à un véritable tsun-Ami de tendres messages internationaux aura raison de nos barrages. L'un comme l'autre avec son timing, ses maux et ses mots ouvrira les vannes libératrices des fortifications de son coeur.

Un Grand Merci à vous TOUS !!!

Aaah la subtilité du concept concerné/impliqué très justement imagé par l'omelette aux lardons...La poule est concernée, le cochon est impliqué, mais nous sommes tous dans le même plat. Il est bon de sentir que notre tribu se sent concernée, même si ça nous aide, cela nous blesse encore plus de leur avoir imposé cette mésaventure.

Et puis, il y a eu la rencontre: Éliane et Laurent, navigateurs suisses ayant posés sacs à terre depuis des années à Guanaja après treize belles années de vagabondage nautique.
Ayant appris notre agression, ils n'ont pas hésité à venir spontanément à nous au mouillage, à ouvrir grand les portes de leur maison et de leur amitié pour nous faire sortir de notre huis-clos de sinistrose. 
Ils nous auront permis de refaire du carré de Ti'Amaraa un espace social convial où les éclats de rire ont remplacé ceux de voix, les lames de fond de générosité et gentillesse celle des couteaux. 
Un très grand Merci à vous deux !!! 
Nous étions en miettes, vous nous avez aidé à nous reconstruire. 
À l'heure des aurevoirs difficiles, et d'un nouvel horizon à atteindre, les questions se bousculent. Mais comme après une chute de cheval, il faut repartir. Vite! 
C'est ce que nous avons fait toujours par le large. Portés au 180° sous Parasailor, nos angoisses se sont doucement évaporées, le plaisir et le bonheur d'être sur l'eau ensemble ne se volent pas.
De jour, puis sous la lueur réconfortante des lointaines étoiles scintillantes de la voûte céleste, le vent portant s'est fait porteur. La mer conciliante nous a déroulé son tapis polarisé sans écume pour faciliter l'accès à notre destination. Tout est calme, serein... Comme apaisé. Nous réapprenons patiemment à ne plus craindre l'horizon. La meilleure des thérapies!



À l'approche des îles Sapodilla du Sud Belize, nous n'arrivons pas à nous arrêter.  25 nm seulement les séparent de la côte du Honduras.  C'est certainement idiot. Il n'y a, semble-t-il,  jamais eu de problème. Mais c'est au dessus de nos forces. 
Tant pis, bien que l'heure tourne, nous voulons avancer vers notre destination Rio Dulce Guatemala. 
Lorsque nous entrons dans la baie d'Amatique, le soleil décline vite. Nous ne pouvons continuer et arriver de nuit à Livingston. Trop compliqué,  trop dangereux.  Nous mouillons donc à l'entrée de la baie à la Punta de Manabique. L'endroit est désert: quelques maisons à terre, une jolie plage, des barques de pêcheurs qui rentrent chez eux sans même nous calculer. Nous en avons fait plein des nuits seuls dans des endroits isolés. Le Mal n'est pas partout. La quiétude de la nuit et les dauphins à nos jupes au petit déjeuner auront raison de nos dernières angoisses.

Let's go! 
Cap sur Livingston et le Rio Dulce après maintes et maintes aventures.


Le radio tam-tam savamment orchestré par nos amis nous ayant précédé,  nous sommes accueillis chaleureusement par des équipages français. 
Et c'est autour d'un réconfortant barbecue que nous tournerons définitivement la page.
Merci à tous!!! 



Le voyage de Ti'Amaraa continue...avec un équipage déterminé. 
L'amour qui nous unit nous aura permis de gérer et nous aidera à dépasser cette nouvelle épreuve. Nous avons encore une fois appris et grandi main dans la main.
Le fort soutien indéfectible de notre famille, nos amis à terre et de notre famille de la mer a fait le reste. Merci. On vous aime.

Ce qui nous lie à notre Ti'Amaraa était déjà fort. À présent, il est indéfectible. 

Peace and Love,

Nous dédions cet article à ce Capitaine de cargo qui répondra à nos appels, qui, à deux reprises, se détournera pour essayer de mettre en fuite nos assaillants et qui fera tout son possible en live pour informer les autorités et nous aider. Sa voix dans les haut-parleurs de notre VHF restera à jamais le symbole de la belle solidarité des gens de mer.
Merci CAPITAINE. 

15 janvier 2017

Escale sur un mirage

Quelque-part au coeur de la mer des Caraïbes se cachent deux joyaux nommés Isla Providencia et Isla Santa Catalina.


Distantes entre elles de quelques centaines de mètres et reliées par un pont piéton (le pont des amoureux Lover's Lane), elles sont un miracle de beauté, de sérénité et de paix.
Un rêve éclos au milieu de l'océan.

Le château de Dame Caraïbe doit être caché dans ce paradis. On comprend mieux pourquoi elle ne nous a pas facilité l'accès à son trésor. Peu de touristes et de navigateurs poussent jusqu'ici.
Dommage...  pour eux.



Ces îles entourées d'un magnifique récif corallien flottent comme posées sur un océan tapissé de dégradés de bleu le long des 32km de sa barrière de corail.
Dans les guides, elles sont décrites comme :" Le nirvâna pour les amoureux de la nature et de la méditation comme pour les plongeurs et les touristes écolos".
Vaste programme...

Les locaux sont beaux, grands, amicaux et drôles. L' influence de la généalogie européenne et africaine, issue des différentes bases pirates établies ici dans le passé, est flagrante. Le métissage est réussi. On croise beaucoup de typés créoles à la peau blanche et/ou aux yeux clairs. Ici tout le monde a le sourire vissé au visage. On vous interpelle pour vous guider, vous filer une info voire juste pour vous saluer. Ils n'ont rien à vous vendre, c'est simplement leur façon de vivre.

À notre arrivée, la météo s'est vite dégradée. Vent et pluie se sont invités au programme. Décidément, tout est réuni pour garder secret ces beautés.
Pas un temps à mettre une souris dehors. Nous avons donc attendu 2 jours pour faire notre premier aller/retour express à terre entre deux grains et faire nos papiers d'entrée.
En effet, bien qu'arrivant de Colombie, il faut se déclarer.
Premier handicap : on était à la bourre de 2 jours.
Le deuxième handicap, et pas des moindres : notre dernier Zarpe, le fameux document de sortie qu'il faut demander à chaque escale, a été réalisé à Puerto Velero le 14 décembre à destination de San Andres, l'île voisine.
Pour le coup, on a été hypers lents 26 jours pour faire ces 400nm (!) et en plus on n'arrive pas dans la bonne île.
Allez, on aiguise nos plus beaux sourires.... Yalla...

À Providencia, il y a THE interlocuteur Mister Bernardo BUSH.

Mister Bush at the Bush Agency

À la fois quincailler, agent nautique, vendeur d'électroménager, c'est le point névralgique de l'île. Tout le monde connaît et sait où trouver ce brave homme. Merci à l'équipage de notre ''bateau frère'' MilPat qui nous ont précédé pour le tuyau.
Nous publierons prochainement un article ''Colombie Pratique" qui détaillera entre autres: les formalités depuis l'entrée dans le pays et l'accès à l'homme orchestre de Providencia.

C'est donc dans sa quincaillerie que ce grand Senior aux yeux bleus nous a reçu avec un sourire radieux. En deux temps, trois mouvements, il a rempli les documents pour nous, fait les photocopies nécessaires, téléphoné aux autorités qui se sont déplacées dans la foulée à la boutique pour signer nos papiers.
On l'a joué cartes sur table. La météo a retardé notre retard. Nous avons dû patienter sur les îles Rosario sans possibilité de refaire un Zarpe. Puis, Éole a fait le reste pour nous pousser vers leur île plutôt que San Andres, comme prévu initialement.
No problemo !
Exit nos deux handicaps. Ils nous demandent juste de faire une attestation sur papier libre (fourni aussi et dans la langue que l'on veut) pour l'annexer à notre dossier.
Et c'est tout !
Ils nous expliquent qu'ici les clearances sont  allégées et que :"Ils sont fous à Bogota".
Perso, on ne s'en plaint pas. Et le tout, pour zéro peso.
Ceux sont eux qui ont raison, en n'essorant pas les navigateurs, ça favorise l'envie de rester, ça booste la consommation. Et pour nous, ça nous donne sérieusement envie de repasser lors de la redescente.
Du jamais vu de chez jamais vu !! Gentillesse, disponibilité, efficacité, sourires.
Certaines équipes Immigration/Customs croisées devraient venir en formation à Providencia.
Peut-être devrons nous régler quelque-chose au départ au prorata des jours d'escale ? Mais sur le fond, cela nous choquerait pas. Nous utilisons le dock, les poubelles, les infrastructures...
On en reparlera plus tard.

C'est donc une fois nos papiers validés et après deux jours supplémentaires de gros mauvais temps que nous sommes partis explorer ce joli caillou.

Dès le premier contact, le souffle de liberté n'est pas fait pour nous déplaire.
La vie est encore plus tranquille que sur la côte ou les autres îles colombiennes visitées. Pas de plaque d'immatriculation sur les véhicules, pas de casques sur les deux roues (y compris pour les enfants à bord car il y a souvent toute la famille sur le scoot), les annexes ne nécessitent pas d'être cadenassées au dock (gratuit), des chevaux se baladent en liberté...et, on en passe...


D'origine volcanique, elles possèdent des vallées fertiles, de douces collines et des sommets accidentés. Ceux sont les seules îles colombiennes qui recèlent des ruisseaux dévalant les pentes. La terre est riche, la végétation exubérante.
Providencia est toute petite. On en fait le tour par l'unique route circulaire de 18 km. Autant dire qu'avec notre scooter loué pour 24 heures (20€ carburant compris), ça en fait des tours.
En son centre, son point culminant à 360 m offre aux plus courageux une vue en 360° unique.



Il faut compter 1h30 à 2h de marche dans la forêt pour atteindre El Pico, un éperon rocheux surplombant le lagon.

Ti'Amaraa nous attend tout en bas.
Sympa le mouillage, non ?


Le sentier est très bien tracé et entretenu. Des passerelles en bois sont même en cours de construction pour le franchissement des rivières. Certains  choisissent d'être accompagnés par un guide. Nous l'avons fait seul sans problème.

Comptez environ 3 heures aller/retour




Après 4 jours de pluie,
Bonjour la boue sur certains tronçons

Chemin faisant, des panonceaux expliquent la flore et la faune, et en particulier les célèbres lézards fluos endémiques. On les croirait fraîchement maquillés pour le prochain carnaval. Les mâles sont les plus beaux (et oui, désolés les filles). Ils sont parés d'un costume bleu étincelant ton sur ton avec le lagon en fond de décor.


Providencia, c'est aussi des plages tantôt de sable blanc, tantôt de sable volcanique gris.
L'ensemble a été épargné par les projets hôteliers et le tourisme de masse. Quelques petites structures cosy accueillent les touristes mais nous sommes à mille lieux des resorts, spa et autres golfs.



Santa Catalina est encore plus sauvage, quasi inhabitée. Aucun véhicule à moteur ne perturbe le lieu.

Front de mer piéton aménagé


Santa Catalina secrète
Il faut marcher pour voir ... ça 

Elle est la conservatrice naturelle de l'histoire de ces îles. À travers les vestiges et canons de l'ancien fort, on se replonge dans les batailles sanglantes entre corsaires européen (français, espagnols, hollandais ou encore anglais).
Le plus célèbre d'entr'eux Henry Morgan s'y installa au XVIIè siècle. La légende raconte que son somptueux butin issu de la prise de Panama City serait encore caché ici dans une grotte sous marine farouchement gardé par un cerbère-barracuda.


La balade sur les traces du célèbre trésor est à faire. Ce chemin bien aménagé au milieu de la végétation luxuriante offre de beaux panoramas sur la côte.


Trail entre terre et mer

Faute de pierres précieuses et de pièces d'or, nous avons tout de même trouvé la tête de ce notoire pirate : "La cabeza de Morgan".
Rien de morbide rassurez-vous.
Juste un énorme rocher de 15m de haut qui ressemble à une tête appelé ainsi en souvenir du passé.


Santa Catalina est l'île mystérieuse par excellence : falaises, rochers, cocotiers, végétations. Au détour du chemin, on ne serait pas surpris de croiser un corsaire observant le large de sa longue vue.



Dans la ''ville'' principale  Santa Isabel, à Providencia, où nous sommes mouillés, on trouve des supermarchés, des drugstore, des ATM, des loueurs de scooters, un hôpital.... Tout y est regroupé pour permettre une remise à niveau des frigos. Certaines escales nous ont habitué à moins de choix.

Providencia, Santa Catalina: deux îles hors des sentiers battus.
Un pays à part, un autre monde préservé des invasions culturelles de la zone continentale sud et centre américaine.
Un havre de paix et de beauté savamment protégé par ses natifs attachés à leur langue (anglais Caraïbe), leur culture, leur folklore conservés grâce aux traditions orales depuis plus de 300 ans.

Nous avons cherché longtemps l'île ''cliché'' Caraïbes, cet îlot entre plages, cocotiers et falaises verdoyantes.
Nous espérons vivement que cet état de préservation, de grâce et de liberté perdura encore longtemps sur ce petit bout de Colombie-Paradis.



7 janvier 2017

Les chemins de travers(e)

Alors que nous étions à quelques miles nautiques au portant du Panama et de son célèbre archipel des San Blas, nous avons choisi une autre option.
Panama attendra la prochaine saison cyclonique. Nous n'en avons pas fini avec la mer des Caraïbes.
Ou plutôt n'est ce pas elle qui n'en a pas fini avec nous ?

Il a fallu attendre plusieurs semaines avant de trouver un créneau météo acceptable pour prendre cette gente Dame de travers.
Il ne faut pas perdre de vue que nous traversons au fond de la mer des Caraïbes. Le vent a quelques milliers de kilomètres d’élan sur l'océan. Il a eu aussi le loisir de rebondir en s'amplifiant sur les fameux caps colombiens en levant une houle complice. Nous aurons une bonne première centaine de miles chaotiques à traverser.(environ 200km).

Ti'Amaraa s'est alors élancé pour tracer son sillon à 90° de la houle et du vent sur près de 400 nm. Pas le temps de traîner car un coup de nord est annoncé sous 5 jours.
Toute la première après-midi, notre voile Turbo le code zéro fait des merveilles. Le vent et la houle sont modérés. Ce n'est qu'à la tombée de la nuit, comme prévu, que Miss Caraïbe s'éveille et rapidement nous précise qu'elle n'aime pas du tout les petits navires sur les chemins de travers(e).
Quelle nuit !!! On s'y attendait, on n'a pas été déçus.

Sous GV et Génois, on file à plus de 9 nds. Les conditions à bord sont assez inconfortables. La houle s'est levée, le vent forcit. Grâce à notre vitesse, on s'évite le pire mais ça bouge. Le ravito du soir se rapproche plus du club sandwich que d'un dîner. Les quarts se mettent en place dès 19h30, harnachés dans nos gilets car on pressent que la nuit va être longue. Toutes les deux heures, nous aurons le choix à tour de rôle entre essayer de dormir sur un manège de fête foraine bruyant, ou essayer de se trouver un trou de souris calé pour veiller à l'affût des moindres bruits. La mâture siffle lorsque l'anémomètre dépasse les 35 nds.
Chaque déplacement doit faire preuve de beaucoup d'attention.
À bord c'est un peu comme si on avait téléchargé l'appli Orangina.
Mais si, vous la connaissez. Ce jeu de réalité (pas virtuelle) :
Secouez moi, Secouez moi....
Pas de soucis de pulpe sur Ti'Amaraa. On est brassés dans tous les sens. Nous nous mouvons avec l'agilité et l'élégance d'un pilier de bar à l'heure de la fermeture.

Au petit matin, nous ne sommes pas frais. Le bon côté des choses c'est que l'on a avancé. Au ''Check Point" à 24h, nous avons déjà parcouru la quasi moitié de la route : plus de 190 nm! C'est la première fois que nous vivons une telle nuit, et une telle moyenne.
D'après nos fichiers gribs, la tendance est à la baisse en milieu de matinée. Nous sommes largement en avance sur nos prévisions et même sur le routage Sailgrib. Cool...la troisième nuit sera peut-être au mouillage du coup.
Ragaillardis par une houle qui diminue et passe (enfin) 3/4 arrière, la vie reprend un cours normal à bord. On remet un peu d'ordre là où la veille nous n'avions ni la possibilité, ni l'envie de le faire... C'est sans compter sur la Miss qui n'a décidément pas apprécié notre intrusion.
En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, nous recevons une véritable gifle. Elles sont bodybuildées les vagues dans le coin ! Nous n'avons rien vu venir. La Dame ne s'est pas mis de gants pour nous décocher un uppercut sur tribord d'une force jamais rencontrée auparavant.
Ti'Amaraa sursaute. Il lui faudra plusieurs vagues de rebond pour reprendre sa route. Il en faut plus pour mettre KO notre valeureux petit cata.
À bord, tout a tremblé, à commencer par l'équipage qui est heureux de trouver les mains courantes et fargues là où ils les attendent.
Pas de bobo. Pas de casse.Super !
Le seul a avoir été mis KO est not' pov' Léon. On le retrouve réfugié sous la table du carré. En 8000 nm, c'est la première fois qu'il réalise un tel vol plané.
Bilan de l'opération: une branche cassée. Ouchhh...
On préfère tout de même que ce soit lui que nous. C'est pas facile la vie d'un bonsaï navigateur. Ça y est il est balafré tel les flibustiers d'une autre époque. Et si on lui faisait une branche de bois ??
(Bon ok, elle est moyenne)

Petit à petit, le vent et la houle redeviennent, conformément aux prévisions, très gérables. Finies les baffes, Dame Nature nous laisse passer.
Le Code Zéro est renvoyé. La deuxième journée peut continuer bon train. Le cap rapide nous dirige sur Providencia. Vendu. On va pas faire les difficiles. Tant pis pour San Andres.

À l'heure des douches et du vrai dîner, les projections affichent une arrivée de jour le lendemain après-midi. Les éléments sont stables on laisse le Code Zéro en place pour la nuit qui sera douce. Le vent non rafaleux mollit un peu mais nous conservons une bonne allure.
Check point à 48h : 365 nm soit 175 sur la seconde journée.
Il ne nous reste plus qu'une poignée de miles. Nous apercevons déjà la ligne de Providencia à l'horizon. Il est 13h. C'est gagné nous serons installés au mouillage pour une nuit de repos bien méritée tant pour les Hommes que pour le matériel et les plantes.

PS : À l'attention de notre coach préféré:
Un trail de 800 km à 16km/h en 52h, ça compte dans notre ''training'' fiche ?
Côté dénivelé, si on comptabilise sur 52 heures, des creux de 2,5m toutes les 10 secondes, on est monté plus haut que l'Everest...et descendu aussi.
Quand on te dit que c'est du sport.

3 janvier 2017

L'archipel des Rosario

Nous vous avions laissé au mouillage de l'Isla Baru l'année dernière.

Durant la trève des confiseurs, nous sommes partis explorer les îles de l'archipel des Rosario à deux encablures de Cartagena.


Nous y avons découvert des îles de toutes tailles dans un écrin d'azur. Certaines semblent être privatisées par des hôtels ou même des particuliers. L'ensemble est harmonieux et serein.



Loin de l'eau peu engageante de la ville, nous nous retrouvons dans un trou bleu corallien avec de faux airs des Roques.
À notre grande surprise, nous avons été seuls au mouillage pendant des jours et des nuits.
Enfin, plutôt des nuits.
La journée quelques yacht plus ou moins grands déversent leurs bimbos emmaillotées dans leurs strings xxs, cocktails dans une main, outils à selfies de l'autre, dans l'eau cristalline que réserve ce paradis.


Le calme du mouillage du petit matin se transforme pour une poignée d'heures, en une ambiance nightclub à grand renfort de watts des sonos embarquées. C'est toutefois très mesuré côté nuisances. Cela faut le coup d'œil et nous amuse.
À 16h, lorsque les moteurs hurlent jusqu'à Cartagena, nous retrouvons la quiétude du coin avec les quelques habitants, pour la plupart pêcheurs, de Isla Grande.



Bien que l'eau soit splendide, nous y avons cependant vu assez peu de vie sous marine. Nos équipements de plongée resteront au sec au profit de longues séances de barbotage autour de Ti'Amaraa.
La réglementation sur la chasse sous-marine est floue. Nous avons vu quelques stickers l'interdisant sur des bouées. Ceci dit, compte tenu du nombre de pêcheurs locaux et la faible affluence sous nos coques, le harpon aussi est resté dans sa remise.
De plus, tous les jours, de jeunes colombiens passent, sans insister, présenter le fruit de leur pêche. Si à Baru, nous leur avions acheté deux jolies langoustes cuisinées pour 50 000 cop (15 euros). À Rosario, nous avons commandé deux poissons pour le réveillon de la Saint Sylvestre pour une dizaine d'euros aussi.
Heureusement que nous avions fait quelques réserves à Carthagène, car nous attendons toujours notre livraison. Nos deux jeunes ont dû attaquer la fiesta du nouvel an plus tôt que prévu et nous ont totalement zappé.
C'est ça aussi la Colombie.
Nous en avons aussi fait les frais avec le concessionnaire Yanmar de Cartagena (Todomar) qui a, lui aussi, littéralement oublié de traiter notre commande de filtres en tous genres. Enfin, oublié...pas oublié d'encaisser les 50℅ d'acompte.
Après avoir mis la pression au comptoir dès le 2 janvier au matin, nous avons tout de même réussi à avoir une partie de nos pièces sous 24h !!!
Ce n'est pas notre genre d'être le client râleur du 2 janvier, mais quand il faut, il faut.

Passer commande en Colombie nous aura rappelé le vieil adage du lait sur le feu. Ici il ne faut pas lâcher, toujours garder la main sur la commande du gaz. Si vous partez le lait redescend tranquillement dans la casserole... Et ça peut durer longtemps... longtemps...
C'est ainsi.

Et puis 2017 a sonné.
Ti'Amaraa a trépigné.
L'équipage était paré.
Il était temps de bouger.

31/12/2016 Minuit en métropole - 18h en Colombie
Ti'Amaraa prend feu
Jolie fin d'année à bord

Le créneau météo semble favorable cette semaine pour nous élancer vers San Andres ou Providencia. Là où le vent et l'envie nous porteront.
Nous refermons les écoutilles vers le monde extérieur pour passer 3 jours au gré des désirs de Neptune et Éole.
Nous entrons dans notre bulle...
À très bientôt,