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20 février 2016

Sur un tapis roulant


Quitter les BVI pour revenir sur les îles du Sud de l'arc antillais nécessite une bonne fenêtre météo.
Le bord vers Saba est vite inconfortable si l'alizée d'Est est établi. Il faut donc au mieux du Nord/Nord-est ou au pire pas de vent et 80 miles nautiques à avaler au moteur.

Les informations téléchargées via notre application préférée Weather 4D annonçaient un début de nuit sans vent puis un très léger Nord d'une dizaine de noeuds devait se lever en milieu de nuit.
Nous avons choisi de quitter Virgin Gorda à 17h30 afin de s'éloigner des pièges des côtes de jour (récifs, filets, bouées...).  Tant pis si cela nous impose les premiers miles sous risée gasoil...
À peine sortis du Necker Passage, nous sommes happés par un vent de Nord Est. En voilà une bonne nouvelle !!
GV et Génois nous extirpent des eaux British à l'heure du dîner sur une mer peu agitée.
Parfait... Cela est de bonne augure pour la nuit à venir.
Dame Nature nous encourage même pour nos heures de veille à venir en nous offrant le spectacle majestueux d'une énorme baleine devant nos étraves. Nous n'en avions jamais des aussi grosses et surtout aussi près !!!
À deux doigts de détourner notre route pour ne pas la heurter, elle disparaît dans les profondeurs.
Ouf...Oui mais faudrait pas qu'il lui prenne l'idée de ressortir pile sous notre cata.
Gloupsss... On avance, on observe. Rien... Alors que nous l'imaginons tutoyant les abysses, la belle bête ressurgit juste derrière nos jupes en un ballet somptueux et un dernier plongeon à la tombée de la nuit.
Sa queue aussi large que notre bateau s'est enfoncée sans un bruit dans l'océan et nous a laissé cois.
Pas mal pour commencer notre nuit de nav, non ?

Nous n'aurons finalement qu'un trou de vent de 22h à 23h, nous obligeant à rouler le génois et appuyer avec un moteur à 2500 tours/mn.
Tout le reste de la nuit nous serons poussés à 7 nds de moyenne par un vent de Nord inattendu à 20/25 noeuds.
Ti'Amaraa s'éclate sous GV et Code Zéro sur une mer des Caraïbes un peu formée. Ça bougeotte tout de même.
Le compteur de miles défile. Nous sommes obligés de réduire du Code Zéro au Génois au petit matin pour pouvoir négocier une arrivée de jour sur Saba. Nous pensions mettre 14h, nous n'en aurons mis que 12h. Nous pensions accumuler des heures moteurs, nous n'en aurons fait que 2.
Nous sommes presque frustrés d'arriver si vite. ;-)
Est ce cette envie de continuer ou le côté inhospitalier des mouillages de Saba qui a décidé de la suite ? Seul le vieil homme de la Mer le sait.


Après une petite heure a exploré la belle côte accidentée de Saba, la conclusion de l'équipage est sans appel. L'île a l'air belle mais côté terre uniquement.
Il n'est que 7 heures du mat. Le vent et la mer sont favorables.
On remet les voiles en ordre de bataille. FEU !!!


La locomotive Ti'Amaraa reprend sa route (au près pour le coup) sur son tapis roulant, mouvant aquatique toujours à 7 noeuds.

9h: Gare de Statia 
Pas d'arrêt
La micheline n'en fait qu'à sa tête. 
Les passagers sont priés de rester assis.
Ça continuuuuue.



13h30: Gare de St Kitts
Mutinerie de l'équipage.
Terminus du jour !
Tout le monde descend :-)
Non mais, c'est qui le tolier !!!
Si on le laisse faire ce bateau, il ne s'arrêterait jamais.

La compagnie Ti'Amaraa espère que vous avez passé un bon voyage et espère vous revoir bientôt sur ses flots.


18 février 2016

Des ''other'' chez les anglos

Lorsque l'on remplit les formulaires d'entrée aux îles vierges britanniques BVI (prononcez Bi-Vi-Aïïe pour être tendance),  il faut remplir la mention nationalité des membres d'équipage...
3 cases s'offrent à vous:
UK ?
Ben oui Le B de British tout de même
USA ?
Même langue, des îles voisines... Soit...
3ème case: Other... Les autres.
Cela nous a fait sourire. On n'a pu s'empêcher de penser à nos soirées devant les Guignols de Canal + et son Commandant Sylvestre et les ''restes du monde''.
Nous sommes donc officiellement des others. Cela n'empêche pas de profiter du sourire et de la gentillesse des agents de douane et d'immigration de Gun Creek à Virgin Gorda.
Cependant, cela met dans l'ambiance pour le reste du séjour.
Nos voisins,  bateaux de propriétaires ou de location,  seront principalement anglophones: anglais, américains, canadiens, australiens...
Peu de ''fromages qui puent'' par ici
Et c'est dommage... Pour eux !!
La réputation de formalités lourdes et pointilleuses est dans notre cas de la science fiction.  Tout s'est passé en quelques minutes pour une poignée de dollars US.
Si l'on a fait un avito correct à St Martin, on peut y vivre sans avoir le compte en banque des propriétaires de ses îles.

Ti'Amaraa a promené ses coques librement près de la maison de Richard Bronson sur Necker Island, près de l'île du fondateur de Google: Eustatia Island, mais aussi dans des mouillages solitaires comme à Salt Island, Norman Island ou Virgin Gorda.
La vue et la vie ne s'achètent pas.

Seuls aux Baths !!!

Nous avons passé ici des soirées merveilleuses sous un ciel multi-étoilés mouillé parmi les yachts et autres bateaux de voyage et de location....où seuls au monde.



Aux BVI, on peut vivre tout et son contraire à quelques miles nautiques d'écart: l'affluence des baies réputées sur bouées (30$Us par nuit, WiFi 30$Us la journée, dépôt de poubelle 3$Us...) et des recoins déserts (où officiellement il est interdit de passer la nuit pour certains ).
Nous avons fait un mix des deux.



Excités à l'idée de plonger en autonome sur la célèbre épave du RMS Rhône à Salt Island, nous avons laissé notre Ti'Amaraa sur bouée à Manchioneel Bay à Cooper Island et ainsi rejoint notre spot avec ti Ti'Amaraa.

42 minutes de pur bonheur par 25 mètres de fond seuls au monde.
Lorsque l'on part plonger en autonome, il est rassurant de savoir son bateau en sécurité sur bouée.




Les coins les plus réputés pour leurs beauté comme les Baths de Virgin Gorda, Pelican Island et ses ''Indians'', les grottes de Norman Island sont logiquement hyper fréquentés. Des daycharters déversent des palanquées de touristes dérivant sur leurs frites fluo une main agrippée à leur canettes soda,  l'autre au sifflet de leur gilet de sauvetage...On ne sait jamais.
Tout ce petit monde barbote, recouverts d'une épaisse couche de crème solaire, dans l'espoir de voir passer THE poisson devant l'objectif de leur bridge étanche. Nous en avons croisé des touristes mais il faut reconnaître que l'on a côtoyé des pros par ici !!!
Les mêmes partent à terre suréquipés alors que l'île n'est qu'un petit caillou.
Sachez qu'au top tendance du trekker aux BVI, il faut: casquette coloniale avec rabat sur la nuque, lunettes de soleil du futur attachées autour du coup,  sac à dos rempli de ????..., gourde à la main dans sa housse isotherme,  pantalon de brousse, banane cuir à la taille et le must chaussures de Jésus Christ ou mocassins avec socquettes (so chic !)
Vous nous excuser nous n'avez pas fait de photos...Mais on vous assure ça faut le coup.

Plaisanteries mises à part, les BVI sont pour nous le meilleur bassin de navigation jamais rencontré aux Antilles.
Le paradis de la voile !!!
Les conditions météo ont été constantes: vent 15 à 25 nds sans trop de rafales, peu de grains, pas de houle. Le top!!
Bien que les distances inter-iles soient courtes, toutes les voiles sont dehors. Ça régate sur le plan d'eau. De certains mouillages comme Gorda Sound, nous avons compté plus de 30 voiliers dans la passe de sortie au petit matin toutes toiles au vent. C'est beau à voir.
À vivre c'est plaisant bien qu'un brin épuisant car il y a des bateaux partout dans tous les sens,  de toutes allures, de tous niveaux de pratique... Pas le temps de buller, on est là pour avancer.

Le soir, la foire continue pour certains avides des bouées restantes dans l'anse convoitée. Il n'est pas rare de voir plusieurs bateaux foncer vers le même but avec l'équipier/chevalier en figure de proue la gaffe pointée vers son Graal.
Et comble du chic lorsqu'on est au mouillage, laisser fonctionner son groupe électrogène toute la nuit pour profiter d'un sommeil climatisé...n'en déplaise aux voisins pour le ronron.

Ceux sont ces anses que nous avons évitées au maximum pour privilegier nos petits coins version '' école buissonnière ". Chacun son truc. Il en faut pour tout le monde.
Avec une bonne annexe, on peut sans problème rejoindre tous les spots voulus en laissant son bateau dans des baies moins fréquentées et surtout gratuites (!). En plus de dix jours sur place, nous n'avons payé que 2 nuits. À chaque fois, c'était un choix. L' alternative ''mouillage'' était possible.

Notre coup de coeur: Peter Island et sa White Bay.


Nous aurions pu y rester des jours et des jours. Entre ballade à terre sur un chemin aménagé pour les clients des riches resorts, snorkelling et plage de sable doré non privatisée, tout est disposition aussi du visiteur de passage.
Bien sûr,  il faut respecter les règles implicites de savoir vivre et de respect de l'intimité des riches clients.
La zone de baignade est délimitée par des bouées. Nous ne l'avons jamais traversée en annexe. Nous nous sommes rendus à terre à la palme. De même, sur la plage des huttes en bois sont aménagées par les hôtels pour leurs guests avec mobiliers de plage assorti. Malheureusement, nous avons vu des touristes ancrer leur voilier au bord de la zone de baignade, zigzaguer avec leur dinghy dans la swim area, et bien sûr se vautrer en journée sur les transats d'une hutte vide.
Merci les gars !! Grâce à vous, un jour tous ces jolis coins seront ''private''.

Enfin bref, cela n'a entaché en rien notre plaisir dans cette aire de jeux que sont les BVI.
À terre, sur l'eau, sous l'eau, tout est beau. Il faut prendre et surtout avoir le temps pour pouvoir en profiter sereinement. Le temps, c'est notre luxe.




Contre toutes attentes, c'est aussi un espace de liberté comme nous les aimons.
Il existe en effet une multitude de baies accessibles gratuitement où l'on peut passer jours et nuits sur son ancre sans avoir à débourser la moindre redevance, sans être assailli par des boyboat.
Les sites de plongée réputés sont repérables par des bouées mises à disposition de tous: professionnels comme plongeurs autonomes de passage. Tout ça avec le sourire !!!
Il y a de la place pour tout le monde par ici.
De même, près des zones d'intérêt, souvent appartenant au Parc Marin préservé, tout est mis en place pour que l'on puisse en profiter en respectant la consigne d'interdiction de beacher les annexes et d'ancrer.
Pour ce faire, des bouées sont mises à disposition gratuitement pour une utilisation à la journée. Aucun dollar n'est collecté auprès des plaisanciers. Sur les guides nautiques, il est stipulé que lors des formalités d'entrée l'on doit acheter un pass permettant l'utilisation de ces fameuses bouées. Personne n'a su nous renseigner... Et à vrai dire personne ne semble vraiment savoir où se situe le fameux bureau ;)). Du coup personne n'a ce pass ;))... Et personne ne vient contrôler ou pire verbaliser pour autant. No stress...

Aussi, lorsque l'on arrive sur ces zones en annexe, des aménagements sont prévus pour accrocher les annexes sur un bout tendu entre 2 bouées bleues. Nickel !!!

Un bel exemple de beauté offerte aux visiteurs: Les Baths.


Nous avons opté pour la visite un samedi en misant sur le chassé croisé des touristes à l'heure des check-in and out.
Bonne pioche !!!
Il n'y avait presque personne. Nous avons pu en pleine après-midi se promener des heures quasi seuls parmi ce dédale merveilleux de roches granitiques bordées de piscines naturelles couleur émeraude.
Des faux airs du Chaos de la Balme dans le Tarn (Sidobre),  lieu de villégiature du Cap ado, avec la mer, la plage et les couleurs en plus. Nous avons adoré jouer comme des enfants entre baignades, escalades et cache-cache dans les cavités.


Une succession de plages, de grottes, de bassins somptueux à ne rater sous aucun prétexte si vous passez dans le coin.

Pas de pass d'entrée,
Une bouée gratuite pour Ti'Amaraa, un bout et des copains annexes pour ti Ti'Amaraa,
Pas de Marine Ranger ou autre uniforme flottant qui vous dévisagent comme si vous aviez volé La Joconde,

Les others vous remercient !!!
Respect !!!

Bien qu'ayant traîné nos masques et tubas dans les célèbres grottes au trésor de l'île éponyme de Mr Stevenson,  nous repartons toutefois bredouilles.
Ni pierres précieuses,  ni doublons espagnols d'une autre époque.
Nous repartons riches de panoramas uniques inoubliables, de moments d'éternité et d'une confiance renforcée quant à l'existence de petits paradis libres chers à nos valeurs.



Ainsi se termine en apothéose notre boucle ''nord Caraïbe'', la météo s'annonce clémente pour le bord vers Saba.

Nota:
Comme il nous est difficile de faire un choix parmi les photos, et que nous avons peu de réseau Internet, nous allons préparer un montage vidéo qui sera en ligne sur la chaîne Ti'Amaraa sur Vimeo.com, dès qu'une cyber escale nous l'accordera.

1 février 2016

St Barth pile et face

St Barth!!... le mythe !!!
les yachts, les stars, les boutiques de luxe pour milliardaires atteints de fièvre acheteuse, les villas privées ou hôtels aux piscines défiant la loi de la gravité accrochée aux falaises de l'île pour une vue imprenable.
Tout ça existe bel et bien et est accessible au regard du commun des mortels que nous sommes.
Ti'Amaraa a partagé ses mouillages de Corossol, Colombier et île fourchue avec des unités flottantes issues des magazines de voiles et motoryacht. C'est un régal pour les yeux. Le mode de vie, les jouets à bord, le timing et les équipages ne sont pas les mêmes, mais in fine nous avons la même vue et vivons les mêmes couchers de soleil.


Déambuler sur le dock de Gustavia ou dans ses rues nous fait l'effet d'être deux adultes chez Mickey. Ce monde est brillant, clinquant mais ce n'est pas le notre. On voit bien aux devantures et vitrines que notre budget ''vie à bord '' ne correspond pas aux standards mais il y a de la place pour tout le monde ici.


Le plaisancier est aussi le bienvenu sur le caillou. Il y a même de la place pour notre cata au port si on le souhaite pour environ 70€ la nuit (sensiblement le même prix qu'à Grenade et moins cher que St Martin !!). Pour rester au mouillage de la capitale tant côté Gustavia que Corossol, il faut s'acquitter d'une redevance quotidienne (environ 16€ pour notre 39 pieds). Sur le principe, nous n'aimons pas payer pour être sur notre ancre sans aucun autre service que l'accès au local poubelle. Cependant, après plus d'un an en Caraïbes, nous avons trop vu de jolis coins encombrés de bateaux fantômes pour lesquels le voyage s'est arrêté. Ils flottent (ou presque pour certains) entre deux eaux abandonnés des bons soins de leurs équipages. St Barth protège son image, comment le lui reprocher ?
L'eau, même au port, est cristalline. Les tortues reprennent leur souffle imperturbables au milieu du bal des annexes.
A terre, l'île est un écrin serin et hyper safe. L' environnement est protégé. Les tortues terrestres se baladent au bord des routes et des chemins.
La loi littoral est aussi très respectée . Toutes les très belles plages (Gouverneneur, Salines, St Jean, Flamands, les piscines naturelles ...)  sont accessibles à tous. Aucun dollar n'a pour le moment réussi à acheter ses beautés. À l'inverse, cet afflux de cash permet d'offrir aux résidents des espaces beaux, propres, entretenus et un bassin d'emploi actif.


Et, c'est ce St Barth côté face que nous avons apprécié: celui des gens ''normaux'' qui vivent, travaillent ici et aiment leur île. 
Quels meilleurs ambassadeurs qu'Eurielle et Antoine de Cataja (www.cataja.me) ?

Notre escale à Corossol n'était effectivement pas un hasard. Nous avions hâte de retrouver la tribu Ja sur leur beau Bahia 46 posés ici depuis plusieurs mois. 5 mois se sont écoulés depuis notre escale commune à Trinidad.
La joie des retrouvailles mêlée à la tonne de choses à se raconter a fait défiler cette semaine telle une minute.

Le footing by St Barth sur le stade de Mr Ibrahimovich restera un Best.
Nous n'oublierons pas non plus ce snorkelling incroyable dans la rade de Gustavia sur une épave couverte de belles concrétions accompagnés de barracudas par dizaine, de poissons tropicaux majestueux, de tortues paresseuses et...  top du top de requins nourrices!! Nos premiers aux Antilles. Merci ;))

Parmi les beaux souvenirs Caraïbe, l'île fourchue a aussi décroché son pass d'entrée. Un goût de Robinson Crusoé sur cette île déserte ''perdue'' entre les deux grandes soeurs hyperactives St Barthélémy et St Martin. Les lézards vigoureux, les fous nichés dans les falaises et les frégates aériennes se partagent ce territoire sauvage décoré de cactus uniques. Nous y avons passé un superbe week-end paisible sur bouée à partager de bons moments et de belles balades avec les Cataja.
'' Votre île est belle. Nous emportons un bout de vous dans nos coeurs .''



Lorsque le soleil du dimanche soir se couche sur nos deux chemins qui se séparent, nous avons le sentiment d'être des privilégiés avec notre voyage qui continue et qui nous enthousiasme.
Nostalgie quand tu nous tiens...
Allez, hauts les coeurs, en route Ti'Amaraa... 
De jolis bords vers Tintamarre, St Martin et les BVI nous attendent.
À bientôt les amis et encore mille mercis pour votre accueil, vos sourires, le temps que vous nous avez accordé malgré vos plannings et merci pour toutes ses petites choses qui font que vous êtes les seuls et uniques: Ja !!!